Le constructeur américain le plus exclusif de l’entre-deux-guerre n’est ni Harley-Davidson ni Indian et ni Excelsior qui fermera ses portes en 1931 suite à la crise de 1929.

Les Crocker : l’aristocratie motocycliste américaine

Le V-Twin de la Crocker de 1936 amène son propriétaire au delà de la barre symbolique des 100 mph soit 160 km/h.

Seul la Brough Superior SS 100 de conception relativement ancienne et la Vincent Serie A Rapide sortie la même année peuvent rivaliser.

crocker big tank 1939 61ci

Parmi ce gotha des motos les plus performantes de l’entre-deux-guerres, la Vincent est techniquement plus moderne puisqu’elle est équipée d’une suspension arrière Cantilever (mono-amortisseur) et d’une boîte à 4 vitesses. Les Crocker et Brough Superior se contentent d’une transmission à 3 rapports et d’un cadre rigide.

La Croker V-Twin est le pendant motocycliste du constructeur de supercars américains de l’époque: Duesenberg.

Albert G. Crocker : Une carrière liée à Indian

Il est né en 1882 et obtient un diplôme d’ingénieur mécanicien de l’université de Northwestern de Chicago. Al Crocker fait partie des pionniers de la motocyclette américaine en travaillant pour des constructeurs qui sont alors, pour le mieux, des PME. Il fait ses premières armes en 1907 chez Aurora qui construit les motos Thor.

Dès 1909, il intègre Indian et épaule l’ingénieur en chef de la marque, un certain Paul Bigsy. Bigsy et Crocker développeront les Indian de route comme de course.

En 1924, Al Crocker quitte Springfield et fonde plusieurs concessions dédiées à la marque de Springfield. En 1930, il rachète la succursale de Los Angeles.

Al Crocker : Les années speedway

crocker speedway

Crocker avait un excellent coup de guidon.

Dans les années 30, le Speedway est devenu la discipline reine en moto dans tout le monde anglo-saxon. Les américains s’y sont mis sur le tard, lui préférant le boardtrack nettement plus spectaculaire. Mais la mauvaise presse due à des accidents à répétition provoquant la mort de spectateurs ont mis un terme à cette discipline.

A partir de 1931, Al Crocker qui a toujours la fibre Indian, veut faire briller le constructeur dans ce sport. Il met au point un cadre acceptant le moteur de la Scout 101.

En 1932, il développe un kit à distribution culbutée (OHV) pour le V-Twin de 750 cc de la Scout.

Toujours en 1932 et malgré la Grande Dépression, il fonde officiellement la Crocker Motorcycle Company.

En 1933, Bigbsy et Crocker mettent au point le premier vrai moteur maison. Il s’agit d’un monocylindre 500 cc toujours dédié au Speedway de 40 ch.. Le choix d’un monocylindre plutôt qu’un V-Twin s’impose car il est par nature nettement plus léger qu’un bicylindres. Crocker en produira 31.

Malheureusement, l’année 1933 voit l’apparition d’une nouvelle motorisation qui va devenir un épouvantail en Speedway. C’est le monocylindre JAP qui produit 42-43 ch.

Pour rester performant, le monocylindre Crocker nécessiterait de très longues heures de recherche et développement.

Al Crocker décide alors d’abandonner la compétition et se tourne vers la création d’une moto routière de grosse cylindrée.

1936 : La Croker routière

crocker v-twin 1939 big tank

Elle est animée par un V-Twin ouvert à 45° de 1000 cc ou 62 ci en version standard aux cotes très carrées selon les critères de l’époque.

Un bobber avant l’heure !

crocker 1938 small tank

Crocker « small tank » 1938 : La filiation avec un bobber est flagrante.

Le design de cette moto rompt avec le design art-déco des productions de Milwaukee ou de Springfield.

Avec ses garde-boues peu enveloppants, la Crocker fait indéniablement penser à une version moderne des cut-down.

Son style a-t’il inspiré les bobbers de l’après-guerre  ? Nul ne peut l’affirmer…

Une motorisation à la carte

crocker 1939 moto américaine

Dans les faits, chaque big twin Crocker est unique et en raison de cylindres très épais, il est possible de commander une Crocker big bore dont la cylindrée peut atteindre 91 ci ou 1490 cc.

Véritable signature de toutes les Croker, la distribution est bien entendue à soupapes en tête. Ce choix technique apporte un rendement mécanique accru de 50% par rapport à un moteur à soupapes latérales de même cylindrée.

La chambre de combustion est de type hémisphérique. Paul Bigsby se charge de réaliser les moules de fonderie pour le bicylindres et le cadre.

crocker: la moto la plus chère

Une partie-cycle soignée

La Crocker est équipée d’une boîte à 3 rapports extrêmement solide et dont le carter est solidaire de la partie basse du cadre. Al Croker veut que ses motos soient les plus rapides au Monde mais également qu’elles aient une tenue de route irréprochable.

Les performances

crocker racing

La puissance du V-Twin de la Crocker 61 ci (986 cc) est estimée entre 55 et 60 chevaux.

Al Crocker s’engageait à rembourser tout client qui se faisait  battre  par une Harley-Davidson ou une Indian de série. Sa vitesse de pointe est d’environ 180-190 km/h.

La Knucklehead, qui partage avec la Crocker, un V-Twin chapeauté par des soupapes en tête, sera présenté également en 1936 mais six mois après la Crocker !

De plus, la Harley-Davidson est nettement moins performante avec une vitesse de pointe de seulement 153 km/h.

Durant les cinq années de la production du big twin californien, Al Crocker fera évoluer sans cesse la chambre de combustion, point névralgique de tout moteur. Il modifiera sa forme, la zone de squish et l’emplacement des deux soupapes afin d’améliorer le rendement de son V-Twin. Ainsi, parmi la cinquantaine de Crocker survivantes, il n’y en a pas deux exactement identiques.

En 1938, le réservoir obtenu par fonderie d’aluminium qui fait également office de réservoir d’huile est élargi. Ces nouvelles Crocker prennent alors le nom de « big tank » (13,2 litres) alors que les anciennes versions à petit réservoir sont surnommées « small tank » (9,5 litres).

Une production très limitée qui fait exploser sa cote en collection

crocker :moto la plus chère au monde

En tout et pour tout 200 motos dont environ la moitié de routières produites entre 1936 et 1942 sortiront de l’atelier situé au 1346 Venice Boulevard à Los Angeles. Une soixantaine aurait survécu aux affres du temps.

Ces faibles ventes s’expliquent par un tarif élitiste : En 1941, une Crocker coûte 515 $ alors que sa grande rivale, la Harley-Davidson EL Knucklehead est proposée à 425 $.

L’attaque sur Pearl Arbor en décembre 1941 scelle la fin de l’Aventure des motos californiennes.

En 1942, Albert Crocker arrête la production de motos pour participer à l’effort de guerre. Il fournira des éléments à la firme aéronautique Douglas. Après-guerre, il vendra son atelier à l’équipementier Borg Warner. Il décédera en 1961 alors que Paul Bigsy sera mondialement connu pour avoir conçu le vibrato pour guitares électriques.

De nos jours, La Crocker V-Twin est la moto américaine la plus chère au Monde si l’on fait abstraction du chopper Panhead qui aurait survécu au film « Easy Rider ».

Fiche technique

Moteur

Cylindrée et Géométrie : V-Twin à 45° de 986 cc (61ci)

Alésage  et Course : 82,55 mm x 92mm

Refroidissement : Air

Puissance : 60 ch. (soupapes parallèles) / 65 ch. à 6000 tr/mn chambre «  Hemi »

Taux de compression : 7:1 (8:1 en option)

Carburateur : Linkert M51

Boite de vitesses : 3 rapports avec passage au réservoir

Magnéto : Splitdorf Model C

Partie-cycle

Cadre : simple tube en diamant

Suspension avant : Girder double ressorts

Suspension arrière : Rigide

Empattement : 160 cm

Jantes avant & arrière : 18 pouces

Poids à sec : 225 Kg

Réservoirs : Small Tank (9.5litres ) / Big Tank (13.2 litres)

Cote : 350 000 – 400 000 €

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