Ces dernières années, les constructeurs motos exhument, via des officines marketing, des genres de motos disparues depuis des lustres. On peut citer les scrambler, les café racer mais aussi les bobber. Il semble que les constructeurs n’ont plus rien de neuf à nous raconter dans le contexte répressif qui prévaut.

Alors, on ressasse le passé, on instille un désir de vintage pour attraper le chaland. Mais encore faut-il le faire avec talent !

Le bobber : Des origines sportives

bobber

Une Harley-Davidson 750 cc de Class C : L’instigatrice avec l’Indian Scout Sport

Le mouvement « bobber » s’inspire très largement des racers Indian Sport Scout et Harley-Davidson WLDR courant en Class C. Ces deux motos dérivées des modèles grand-public sont équipées d’un V-Twin à soupapes latérales de moins de 750 cc.

La très confidentielle Crocker 1000 cc sortie dès 1936 reprend également la totalité des gimmicks des bobbers de l’après-guerre.

Organisée par l’AMA (American Motorcycle Association), la Class C voit le jour en 1933 et a pour but principal de limiter la course à l’armement entre les deux constructeurs américains restants. Le Monde traverse alors une crise économique sans précédent.

indian scout bobber Jack Daniels

Indian Scout Bobber édition Jack Daniels : Interprétation moderne du bobber en mode « power cruiser ». Son bicylindres de 1133 cc produit pas moins de 100 ch.

L’origine du mot « Bobber »

Le terme « bobber » provient du verbe anglais « To Bob » dont l’origine exacte prête à débat car il signifie aussi bien l’action de couper les cheveux au carré (une coiffure très à la mode dans les années 30 et 40) que de raccourcir la queue d’un animal.

La même démarche avait prévalu avec les cut-down dès les années 20 mais ceux-ci étaient équipés d’un cadre proche d’un vélo.

La seconde guerre mondiale est à l’origine du bobber

Les centaines de milliers de GI stationnés en Grande Bretagne découvrent des motos plus légères et plus dépouillées que les lourdes et pataudes américaines. Les anglaises à l’instar de la Triumph Speed Twin 500 cc (1937) s’avèrent infiniment plus performantes et donc plus ludiques que les V-Twin Indian ou Harley-Davidson.

Dès 1946, les ventes de motos britanniques expédiées aux États-Unis explosent comme l’atteste la Triumph Thunderbird pilotée par Marlon Brando dans L’Équipée Sauvage (1953).

Mais une grande partie des anciens combattants n’ont pas les moyens d’acheter une anglaise. Ils vont faire avec les moyens du bord en préparant un V-Twin US généralement à soupapes latérales.

Ils s’inspirent de ce que font Indian et Harley-Davidson en compétition avec les racers courant en Class C.

harley-davidson fat bob

Harley-Davidson Fat Bob 114 ci: Le néo-bobber vu par Milwaukee

Les recettes d’un Bob-Job

Les premiers bikers de l’histoire font ce qu’ils appellent un « bob-job ». Autrement dit, ils ôtent toutes les pièces qui ne sont pas indispensables comme le pare brise ou les sacoches. Le garde-boue avant est généralement déposé alors que son homologue arrière est largement raccourci.

Une fine selle solo et un pouf permettant de prendre une position couchée remplacent l’épaisse et volumineuse selle dite « buddy guy ». Celle-ci donne une position sénatoriale idéale pour avaler confortablement des miles dans cet état continent mais pas sportive pour un sou.

Grâce à cette position de conduite revue, le biker fait désormais corps avec sa machine.

A la différence du chopper, un bobber conserve une partie-cycle intacte avec notamment deux roues de 16 pouces à rayons équipés de pneus type « ballon ».

Des préparateurs à foison

Au sein de son école de mécanique, la « Service Schools », Harley-Davidson a formé au cours de la guerre des milliers de GI  capable d’entretenir les 50 à 90 000 WLA envoyées sur le front. De son coté, l’US Army se chargeait de former les soldats à l’art du pilotage.

De facto, ce sont autant de préparateurs capable de donner des watts à ces mécaniques simplissimes, abondantes et bon marché. Un bicylindres US d’avant-guerre coûte environ 100$ soit deux mois de solde.

moto guzzi V9 Roamer bobber

Une Moto Guzzi V9 Roamer Bobber : Les motos issues des pays de l’Axe (Italie, Allemagne et Japon) étaient « blacklistées » par les premiers bikers et toujours par les M.C. De plus, l’offre était très limitée jusqu’aux années 70.

Bobber et café racer : même combat

Un bobber est en tout point le pendant américain du café racer anglais des sixties pilotés par les rockers. D’ailleurs L’Équipée Sauvage inspirera ces derniers.

Le bobber comme le café racer sont donc des motos à vocation utilitaire que l’on coursifie. Nous sommes dans une recherche de plaisir de conduire, d’adrénaline et non d’un moyen de déplacement.

triumph bonneville bobber

Triumph Bonneville Bobber : Certainement l’offre au sein des néo-bobber la plus proche d’un bobber authentique. En effet, elle se pare d’un faux cadre rigide, de deux jantes à rayons et d’une selle monoplace. De plus, c’est une Triumph comme celle Brando !

Différence entre un bobber et un chopper

Le chopper, dont on peut dater les prémices au début des fifties suit une démarche purement esthétique.

Au fil des décennies, les custom builders n’hésiteront pas à modifier largement la partie-cycle (angle de chasse, jante avant en 21 pouces et fourche allongée).

Le chopper, qui tire son nom du verbe « to chop » soit « couper », se pare de chromes à profusion, de peintures pailletées ou à motifs psychédéliques. C’est dans l’air du temps ! Les échappements et l’éventuel sissy-bar peuvent tutoyer les cieux.

L’age d’or du chopper se situe environ entre 1965 et 1975 et avec comme point d’orge le film Easy Rider (1969). Le chopper piloté par Peter Fonda et construit par Ben Hardy et Cliff Vaughs fera connaître dans le monde ce courant « mécanico-artistique » né sur la cote Ouest.

Notons qu’à la différence des bobbers (exclusivement réalisés sur une base de motos américaines voire anglaises), les choppers des 70’s peuvent recevoir une motorisation japonaise comme, par exemple, le quatre pattes de la Honda CB750.

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