La maison de vente aux enchères britannique Bonhams mettra en vente à Las Vegas le 25 janvier de nombreuses motos de qualité ainsi que des dessins de Kenny Howard alias « Von Dutch ». les motos mises en vente seront principalement des motos du cru, comprenez des Indian, Henderson et autres Harley antérieures aux années 60. Les constructeurs britanniques sont aussi là avec une Armada de Triumph et de nombreuses Vincent couvrant l’histoire de la firme de Stevenage.

Le clou de cette vente sera une très rare Vincent Black Lightning de 1951 , puisque seulement 33 furent construites. Il n’en resterait que 19 au Monde à l’état « matching numbers », c’est à dire avec les numéros moteur et châssis qui correspondent à ceux donnés à la sortie de l’usine.  De plus, il s’agit d’une moto qui a couru en Australie aux mains des pilotes Tony McAlpine et Jack Ehret.

Cette moto d’exception avait été dévoilée pour la première fois lors du salon londonien d’Earl Court Show 1948. La Black Lightning avait fait sensation autant par ses performances que par son prix de vente de 400 £ accompagné d’une lourde taxe de 108 £.

L’année 1952 marquera l’arrêt de la production de cette « superbike » à une époque où ce terme n’avait pas encore été inventé.

La Black Shadow

La « version de base », la Black Shadow, sortie en 1948, était la fierté d’un peuple de grands érudits en matière de mécanique. En effet, elle était ni plus ni moins que le véhicule de route le plus rapide de son temps avec ses 196 km/h en pointe et en ayant l’outrecuidance de mettre à l’amende la Jaguar XK 120 !

vincent black lightningLa Black Lightning : pour les dieux de la vitesse

L’histoire de la Black Lightning débute lorsque le concessionnaire londonien Vincent, Jack Surtees ( le père du champion du Monde auto & moto mais aussi apprenti à l’usine Vincent), qui court en side-car sur Norton commande en 1947 une Vincent Rapide préparée.

Le moteur sera assemblé à l’usine de Stevenage en même temps qu’un second moteur qui sera confié à l’essayeur maison George Brown.

vincent black lightning 1952 Cette moto d’essai sera connue sous le sobriquet de « Gunga Din ». C’est elle qui donnera naissance aux machines parmi les plus désirables du constructeur établi dans l’Hertfordshire : La routière Black Shadow et le modèle course, la Black Lightning.

La Vincent Black Lightning est directement dérivée de la moto sur laquelle Rollie Free battit le record du monde de vitesse le 13 septembre 1948 sur le Lac Salé de Bonneville à 241,9km/h.

La Black Lightning n’était disponible que sur commande et possédait certaines pièces spécifiques par rapport à la Vincent Black Shadow. Nous pouvons citer des freins en magnésium, un jeu de garde-boue en alliage, une selle solo, des commandes aux pieds reculées et un compte-tours.

Ce régime drastique fait que la Black Lightning ne pèse plus que 172 kg contre 208 pour la Black Shadow équipée de tous les attributs nécessaires à une utilisation routière : klaxon et phares.

V-Twin VincentAu niveau du moteur

Le V-Twin calé à 50° de 998 cc de la Black Lightning reçoit son lot de pièces haute performance spécifiques : Un jeu de 2 arbres à cames «  Mark II Vincent » ayant des levées plus hautes et une plus longue ouverture, une paire de bielles renforcées avec à leur base un roulement à billes plus large. Un jeu de pistons « Specialoid » permet un taux de compression pouvant atteindre 13:1 avec du méthanol. Le volant moteur, la chambre de combustion, les conduits d’admission ainsi que les culbuteurs ont reçu une finition polie afin d’améliorer d’un coté la respiration du V-Twin et de l’autre sa lubrification.

Le bicylindre à distribution « high-camshaft» (« arbres à cames surélevés ») est gavé par 2 carburateurs Amal 1¼-inch modèle 10TT9.

L’embrayage Ferodo est un élément renforcé afin de transmettre à la roue arrière la puissance. Elle passe d’un déjà très honorable 55 ch atteint à 5 300 tr/mn sur la Black Shadow à 70 ch à 5600 tr/mn sur la très exclusive Black Lightning.

vincent racer moto« Ce racer parmi les racers » file à plus de 240 km/h. Rappelons qu’il s’agit d’une moto de… 1951 !

Notons que cette Vincent conserve bien entendu 2 innovations majeures inaugurées sur la Serie B de 1946 : un bloc moteur (moteur et boîte unis sont dans un même carter) assurant une meilleure rigidité de la moto (Harley-Davidson s’y mettra en 1957 avec le Sportster et Triumph en 1963 !) et une suspension arrière à mono-amortisseur de type cantilever ; 40 ans avant Yamaha !
vincent racer ultimeLa moto qui sera mise en vente a été restaurée par l’une des sommités mondiale en terme de restauration et d’entretien de Vincent ; le français Patrick Godet.vincent : moto de record