La petite histoire retiendra que le Sportster Cafe Racer a été conçu hors des bureaux d’études du 3700 West Juneaux Avenue.

Personne, hormis Charlie Thompson et John Davidson (alors président de Harley-Davidson), ne connaît l’existence du projet XLCR (« XL » désignation de tous les Sportster et « CR » pour « Cafe Racer »).

La réalisation de cette sportive « Made In USA » est digne d’un « Black Project » (les programmes ultra secret du Pentagone) se déroulant sur la base 51 !

Trois hommes, Willie G. Davidson (petit-fils d’un des co-fondateur de la marque et futur directeur du département design), son assistant, Lou Netz et Jim Aubert ,venant du département course avec un énorme bagage technique, travaillent sur ce qui n’est qu’un pur exercice de style.

Le Sportster « Café Racer » est entièrement réalisé dans l’atelier du père de Jim Aubert. On ne compte pas ses heures: L’atelier fonctionnera même les week-end durant l’été 1976 !

Le prototype est enfin prêt: Willie G. organise pour le directoire de la MoCo une présentation sur un ovale de flat track ; un lieu bien en adéquation avec l’esprit de ce sportster.

Son frère John apprécie ce racer « à l’américaine » qui tranche avec l’esprit maison. Cette sportive pourrait bien relancer la marque face à la déferlante nipponne qui sévit depuis le début des années 70.

Le Café Racer ira donc à Daytona pour tâter le pouls de la presse. Les échos de la Daytona Bike Week 1977 sont enthousiastes. La production peut donc démarrer…

Willie G Davidson a mélangé différentes influences : un garde boue arrière tronqué (bien plus réussi que le lourdingue « bobtail » de la Super Glide 1971 ) et une selle courte à la manière de la 750 XR, un guidon droit (drag bar) et enfin un petit saute-vent prometteur et bien dans l’air du temps.

Le XLCR sera  intégralement noire ! C’est une première chez un constructeur connu pour ses chromes à foison.

Même le V-Twin n’y échappe pas. Le 1000 fonte est recouvert d’une finition noire et rugueuse appelé « wrinkle finish« . On retrouvera cette finition sur les deux séries limitées de « Sturgis » puis sur les Night Train, Dyna FXDX et enfin actuellement sur la gamme dite « dark custom.

C’est la Harley-Davidson que réclame la presse américaine pour contrer les motos italiennes et japonaises.

sportster XLCR 1977

Du coté de Milwaukee, on innove avec ce modèle :

  • Ce Sportster est la première Harley de l’histoire à posséder deux disques à l’avant montés sur des jantes à bâtons moulées fabriquées par l’équipementier Morris.
  • Premier moto sortie de Milwaukee avec un appendice aérodynamique.
  • et bien sûr première Harley-Davidson de l’histoire totalement noire ; une finition qui fera florès avec les Dark Custom conçus par Willie G.Davidson.

L’encrage des amortisseurs sur le bras oscillant a été reculé pour une meilleure tenue de cap.

Les brochures annoncent que c’est la Harley-Davidson la plus puissante jamais produite. Comme sa dénomination technique l’indique, elle est pourtant mue par un bloc Ironhead ou fonte  identique aux autres Sportsters.

Les performances supérieures sont à mettre au crédit du collecteur d’échappement dit « siamois » avec un silencieux de chaque coté. Il permet un gain de puissance de l’ordre de 5 ch.

Dans son numéro d’avril 1977, le magazine Motorcycle News  la chronomètre à 120.48 mph soit 193 km/h.

Ce chiffre impressionnant pour un antique mille fonte s’expliquerait par les bons soins du Racing Departement apportés aux moulins destinés à la presse ; une pratique qui n’est pas l’apanage du constructeur américain !

La XLCR sera un échec commercial.

Les publicités de l’époque parlent d’une série limitée mais n’avancent aucun chiffre… Aucune importance puisque ce Sportster plébiscité par la presse ne trouve jamais son public.

En effet, son prix est très élevé (3 600 $). Une Moto Guzzi Le Mans I est 25 % moins chère et est nettement plus performante.

De plus, la moto est inconfortable avec des repose-pied reculés et un guidon trop haut.  Le petit saute-vent rabat la pluie directement sur le pilote.

Par contre, le 1000 fonte est toujours incomparablement vivant.

Enfin et peut être surtout, la XLCR n’est pas au goût de la clientèle traditionnelle : L’époque est aux sportster Touring équipés d’un pare-brise, de sacoches, d’une selle à deux étages voire d’un réservoir de 3,5 gallons venant de la Superglide (modèle FX).

sportster café racer

Les pots des modèles de pré-série étaient recouverts d’un verni à base de porcelaine : trop cher pour la production !

La XLCR sera donc un « flop » commercial

Cette moto ne sera produite que durant deux années (trois si l’on compte les 8 ou 9 unités de 1979) à un peu plus de 3000 exemplaires soit 2,2% de la production totale de la Motor Compagny (142 587 motos) de 1977 à 1979.

Les concessions Harley-Davidson consentiront des ristournes allant jusqu’à 50% pour se débarrasser de cette moto qui encombre et détonne dans  les showrooms. Certaines machines resteront 6 ans en concession !

Un point très positif tout de même : Son cadre entièrement revu et corrigé par Willie G. Davidson va équiper l’ensemble des Sportster de 1979 à 2003.

Actuellement et avec l’appétence pour les motos de collection, le Sportster XLCR est devenue une moto fort recherchée.

Elle s’échange entre 12 000 et 15 000 €. C’est le prix d’une moto assez rare et totalement atypique dans l’histoire du constructeur américain.

Hall Berry et Olivier Martinez sur une XLCR.

Willie G tirera les leçons de cet échec :

Ce Sportster n’était pas représentative de notre gamme. Le moteur n’était pas préparé et de plus elle était inconfortable. C’était un engin hybride mi-figue mi raisin, mais j’ai beaucoup appris de cette erreur !

1 2
libero odio accumsan Lorem nec elit. quis porta. eleifend