Pilote de boardtracker

Board Track : Des Indian et des Harley Fast & Furious

Le board track racing est un sport mécanique exclusivement américain qui débuta avec le XXe siècle. En parallèle et de manière moins « flamboyante » se développa l’ancêtre du dirt track (ou flat track) qui se court sur des ovales en terre battue de fortune ou sur hippodromes.

Pourquoi le board tracking fera recette aux USA et pas en Europe ?

L’Europe, qui possède un vaste réseau routier hérité des Romains, s’oriente naturellement vers les courses sur route comme Le Mans (1906), le Tourist Trophy (1907) ou les courses de ville à ville comme Paris-Bordeaux-Paris (1895).

Au Nouveau Monde, les infrastructures routières sont encore sporadiques et par exemple, la Route 66 reliant la côte est à la cote ouest ne sera finie qu’en 1926. Les courses vont débuter sur de modestes vélodromes dont les circonférences deviendront rapidement insuffisantes vu l’accroissement très rapide de la puissance des machines.

Néanmoins, des courses sur anneau existent ailleurs de façon plus ou moins confidentielle. En France, nous connaissons le Grasstrack qui est localisé dans le sud-ouest de la France (notamment à Marmande et à La Réole) ou en Grande-Bretagne et ses ex-colonies, le Speedway.

1909 : la première piste de board track

boardtrack racing
Un autodrome nécessitait des tonnes de clous et devait être refait tous les 5 ans. On en a compté jusqu’à 50 et certains accueillaient 80 000 spectateurs.

En 1909, Jack Prince, un immigré britannique, crée le tout premier ovale en planches de bois (« board » en anglais) dans la banlieue de Los Angeles sur lequel s’affrontent autos et motos. Ce circuit (« track » en anglais) d’une circonférence de 460 m et malgré une inclinaison modeste des virages (25°) permet aux pilotes d’atteindre déjà plus de 110km/h. Cet autodrome portait le nom de Coliseum, en référence à l’amphithéâtre romain où se déroulaient les combats de gladiateurs. Tout un programme !

Les machines de boardtrack ou le V-Twin fait roi

Indian Eight Valves 1915
Une Indian Eight Valves de 1915 pouvait atteindre plus de 190 km/h. Les board track racers ont une lubrification manuelle à « huile perdue ». Autrement dit, l’huile consommée se retrouvait sur les planches !

Avant la 1re guerre mondiale, l’Amérique compte de nombreux constructeurs (Pope, Flying Merkel, Thor, etc.) et beaucoup fabriqueront des board track racers car comme dit l’adage déjà vrai à l’époque, « Qui gagne le dimanche vend le lundi ! » 

Dès 1904, Indian conçoit son premier V-Twin, car Glenn Curtiss a démontré avec sa Hercules (1903) que cette architecture est quasiment deux fois plus puissante qu’un monocylindre.

En 1906 et fort de son statut de premier constructeur mondial avec 1700 motos produites par an, la firme de Springfield commercialise un bicylindre. En 1911 et après quelques ratés, Harley-Davidson propose son premier V-Twin.

À cette date, les cadres diamants (type cadre de vélo) des board track racers accueillent des bicylindres de 1000 cm3 (61 ci) coiffés de culasses F-Head (soupape d’admission culbutée et d’échappement poussée).

En 1911, Indian dote ses motos de culasses à quatre soupapes, non pas pour améliorer la puissance, mais pour éviter la surchauffe des grosses soupapes. Avec retard dû à l’aversion d’Arthur Davidson pour la compétition, Milwaukee fait de même en 1915.

Excelsior, le troisième constructeur américain, conserve des culasses F-Head mais qui accueillent des soupapes « XXL » (63,5 mm à l’admission et 57 mm à l’échappement) qui donne aux board tracker racers de Chicago le nom de « Big-Valve X » ou « Big X ».

Harley-Davidson boardtrack 8 valves
Réplique d’une Harley-Davidson 2-Cam à carter Banjo : notez la présence des 8 soupapes culbutées.

Les V-Twin (« 2-cam » ou « 8 valves») Indian ou Harley étaient si dispendieux qu’ils seront construits à dose homéopathique. Selon les archives de la Motor Compagny, 50 exemplaires de 2-Cam « Banjo et Kidney Bean » seront de 1915 à 1929.

Sur route, ces motorisations donneront naissance à la seule superbike américaine connue : la Harley-Davidson JDH Two Cam (1928 – 1929).

Jake DeRosier ou le 1er pilote d’usine moto

Le premier pilote moto d'usine
Jacob DeRosier sur son Indian d’usine en 1911 sur le boardtrack de Playa Del Rey (Los Angeles).

En 1908, Jake DeRosier ou Jacob DeRosier est le tout premier pilote appointé par un constructeur moto, Indian à l’occurrence. Ses fondateurs, Oscar Hedstrom et George Hendee, ont vu juste puisqu’il bat en 1910 le record de l’heure en couvrant 127 km.

En 1911 et lors d’une « expédition européenne », il remporte le Tourist Trophy au nez et à la barbe du Gotha européen des constructeurs de moto. Deux autres Indian complètent le podium. Dans la foulée, le québécois bat sur l’autodrome de Brooklands ouvert en 1907 la star anglaise Charles Collier sur Matchless. Durant toute sa carrière, Jake DeRosier aurait remporté environ 900 courses et records !

Des vitesses incroyables sur des pneus de 57 mm de large

Boardtrack Cyclone de Steve McQueen
Boardtrack Cyclone ayant appartenu à Steve McQueen

En 1914, sur le board track d’Omaha (Nebraska), J. A. « Jock » McNeil au guidon d’une Cyclone à culasses F-Head de 45 ch atteint 177 km/h soit 32 km/h plus vite que le record du monde détenu par Indian. Il ne sera pas homologué, car les officiels trouvent cette vitesse « insensée » !!!

Otto Walker sur Harley-Davidson 1921
Célèbre photo du pilote Otto Walker prise en 1921 sur l’anneau d’un mile de Fresno.

Le 22 février 1921, Otto Walker remporte les 50 miles (80km) sur l’ovale de Fresno (Californie) à la moyenne de 101 mph (plus de 160 km/h) au guidon de sa Harley 2-Cam à carter Banjo. Cette victoire de l’un des membres de l’écurie Harley-Davidson surnommée « The Wreckling Crew » (« Les démolisseurs ») marque la fin de l’age d’or de la discipline.

« Les murderdromes »

Dès 1912, sur le circuit Newwark (New Jersey) bâti par Jack Prince, Eddy « The Cyclone » Hasha (20 ans), au guidon d’une Indian 8 soupapes, fait une embardée mortelle. Il provoque le décès d’un autre pilote et de 4 spectateurs.

Le nombre de ces accidents montera crescendo avec des machines toujours plus rapides lâchées sur des anneaux toujours plus grands et avec des virages de plus en plus relevés (45° voir 65° ).

Ces courses rebaptisées par les journalistes « Murderdromes », contraction de « murder » et « motordrome », quittent la rubrique « Sports » pour les « Faits Divers ». Devenues jeux du cirque, de plus de municipalités les interdisent. Les promoteurs se tournent alors vers les anneaux en terre battue qui sont sans danger et qui ne coutent quasiment rien.

La crise de 1929 met un terme définitif au board track racing

Le krak boursier de 1929 met un terme définitif à ces machines de course au coût faramineux. Seule la Motor Co, qui vend au groupe pharmaceutique Sankyo les brevets de la nouvelle 750 Flathead au Japon (voir l’histoire de Harley-Davidson), et le constructeur de Springfield (voir l’histoire d’Indian), désormais contrôlé par la richissime famille DuPont, survivront à la grande dépression.

Le flat track ou dirt track « moderne » est codifié par la fédération motocycliste américaine ou AMA (American Motorcycle Association) en 1932. Cela sera un duel (au sommet !) entre les Flathead 750 cm3 de Milwaukee et ceux de Springfield jusqu’à la fermeture d’Indian en 1953. Mais ceci est une toute autre histoire…