Soyons franc, cette Triumph Bonneville T140 SS ou TSS ne fait pas partie des machines les plus sexy jamais produites par la firme britannique. Qu’elles sont loin les T120 des sixties avec le logo chromé sur le réservoir et les silencieux « saucisson »  so vintage !

Cette moto n’en demeure pas moins très intéressante tant d’un point de vue technique qu’historique.

En effet, la Bonneville TSS millésime 1983 fait partie des toutes dernières motos sorties des usines de Meriden mais elle est également la version la plus aboutie du roadster britannique.

La Bonneville TSS : Bien plus qu’un simple replâtrage

La version TSS, SS pour Super Sport, utilise le carter moteur, l’allumage, l’embrayage et la boîte de vitesse à 5 rapports de la T140 construite de 1973 à 1983.

La T140 reste toujours un bicylindre vertical calé à 360° culbuté très proche de la Speed Twin conçue par Ed Turner en 1937 et de la première Bonneville sortie en 1959.

Triumph Bonneville classique
Cette Triumph TSS 1983 qui illustre cet article est la toute dernière moto sortie de l’usine de Meriden dans la banlieue de Coventry.

Deux évolutions notables ont fait leur apparition en 1973 sur la Bonnie. L’huile est désormais contenue dans le cadre et un réalésage fait passer sa cylindrée de 650 cm3 (71 x 82 mm) à 744 cm3 (76 x 82mm). Cette augmentation de cylindrée répond aux premières lois antipollution qui apparaissent au milieu des 70’s.

Dès la fin 1979, les ingénieurs de Triumph Martyn Roberts et Brian Jones (pas celui des Rolling Stones !) vont se charger de régler deux problèmes majeurs des Bonneville : Des vibrations destructrices et un bicylindre qui a perdu bien de sa niaque au fil des années.

Combattre les good vibrations du bicylindre vertical

Martyn Roberts avait décelé que les vibrations destructrices du vertical twin étaient générées par un vilebrequin pas assez rigide. Pour les contrecarrer, il est remplacé par un élément d’une seule pièce en acier forgé. Il profite de cette opportunité pour majorer la taille des roulements de vilebrequin. Suite à ce traitement, la Bonneville TSS ne génère plus aucune vibration jusqu’à 5500 tr/mn et son vilebrequin peut supporter 10.000 tr/mn !

Quasiment un nouveau bicylindre vertical

Cette moto est coiffée par une paire de culasses à huit soupapes et des cylindres en alliage d’aluminium fournis par le préparateur Harry Weslake. Ce kit de culasses haute performance, toujours produit par Nourish Engineering , équipait le gratin des café racers britanniques dont ceux des frères Rickman.

vertical twin bicylindre vertical 750 cm3

Au niveau technique, la bougie abandonne sa position latérale et prend désormais place au centre de la chambre de combustion.

La chambre hémisphérique (soupape à 45°) et son piston bombé dicté par la place du puits de bougie peuvent être abandonnés.

La TSS adopte des pistons à la tête plate avec quatre empreintes en regard des têtes de soupapes. Le taux de compression est largement majoré passant de 7,6:1 sur la T140 à 9,5:1 sur la Triumph TSS.

Preuve de l’efficience de cette refonte, le vertical twin peut désormais fonctionner à l’essence ordinaire et non obligatoirement au super !

Les culbuteurs, les supports et les caches culbuteurs sont également revus et s’inspirent de la distribution de la Honda CX500 éliminant toutes fuites d’huile au niveau du haut moteur.

Des performances plus qu’honorables

Ainsi modifiée, la Bonneville TSS délivre 58 chevaux à 6500 tr/mn contre 48 ch pour une T140 standard soit un gain de puissance de 20%. Le couple max. de 56 Nm reste inchangé, mais le bicylindre est plus « plein » sur l’ensemble de la plage d’utilisation.

Ses performances sont à l’avenant : Elle atteint 201 km/h en pointe contre 170 Km/h pour la T140 millésime 1983. Le quart de mile est réalisé en moins de 13 secondes. Ces performances sont peu ou prou identiques à une Norton Commando 850 ou à une Bonnie des 60’s avec toujours un poids contenu de 186 kg, typique d’un roadster britannique.

Une riche dotation

La Triumph Super Sport reçoit trois étriers de frein Lookeed mordant des disques de 254 mm qui s’avèrent performants et un phare H4 de 60 watts. L’amortissement arrière est confié à une paire d’amortisseurs Marzocchi Strada à gaz et huile.

Comme seul entretien, cette moto ne demande que d’ajuster périodiquement les poussoirs mécaniques des culbuteurs ainsi que régler les deux carburateurs Amal en 34 mm. L’allumage électronique est fourni par Lucas Rita, mais cette moto pêche toujours par un câblage électrique très britannique ; comprenez médiocre.

Petite contribution hexagonale, les compteurs proviennent de l’équipementier Veglia.

La meilleure des Triumph Bonneville

La coopérative de Meriden formée en 1975 disparaît peu de temps après le début de la mise sur le marché de la TSS. Au final, seulement 438 Triumph Bonneville TSS seront construites entre 1982 et 1983 dont 31 alimenteront le marché français.

Tous les essayeurs de l’époque s’accordent à dire que la Triumph TSS est la meilleure moto jamais créée par l’industrie motocycliste britannique. Elle s’avère même supérieure à la Hesketh V1000 sortie à la même date et ceci pour la moitié du prix de cette dernière.

Mais près de 15 ans après la sortie de la Honda CB750 et consorts, qui a besoin d’une anglaise à la technologie d’un autre temps !

Tel le phœnix…

La firme de Meriden ferme ses portes en août 1983 après avoir construit pas moins de 260.000 Bonneville. L’homme d’affaires John Bloor rachète dans la foulée le nom de « Triumph ». En 1990, Triumph s’installe dans la ville d’Hinckley et lance une gamme de motos à 3 et 4 cylindres modernes à refroidissement liquide.

En 2000, le constructeur britannique relance la carrière du léger roadster. La Bonneville est de retour ! Preuve est à nouveau faite que les légendes sont éternelles…

Fiche technique de la Triumph TSS

  • Moteur : bicylindre vertical calé à 360° refroidi par air
  • Distribution : Culbutée à 4 soupapes
  • Cylindrée : 744 cm3
  • Alésage x Course : 76 X 82 mm
  • Taux de compression : 9,5:1
  • Alimentation: 2 carburateurs Amal de 34 mm
  • Puissance : 58 ch à 6500 tr/mn
  • Avance à l’allumage : 30° contre 38° pour la T140
  • Démarreur : électrique
  • Transmission
  • Embrayage : multidisques dans carter humide
  • Boite de vitesse : 5 rapports
  • Transmission finale : Chaîne
  • Partie-cycle
  • Jante avant : Morris 19 pouces
  • Jante Arrière: Morris 18 pouces
  • Amortisseurs arrières : Marzocchi Strada
  • Disques avant : Doubles étriers Lookeed de 254 mm
  • Disques arrière : simple étrier Lookeed de 254 mm
  • Divers
  • Hauteur de selle : 775 mm
  • Réservoir : 18,2 litres
  • Poids : 186,1 kg
  • Production : 438 exemplaires produits entre 1982 & 1983
  • Prix : 2399 livres contre 2049 livres pour une T140
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