La Grande Évasion : moto, coulisses & saut

La scène où Steve McQueen s’empare d’une moto pour atteindre la Suisse chassé par une horde de soldats allemands fait de La Grande Évasion un classique du film d’action. Elle participe à la légende du « roi du cool » et représente à jamais une allégorie de la liberté que procure une moto.

La Grande Évasion : d’abord une histoire vraie

La  Grande Évasion : Steve McQueen
Steve McQueen alias le capitaine Virgil Hilts est présenté dans le film comme un pilote de l’US Air Force et un crossman

Contrairement à la plupart des productions hollywoodiennes de l’époque, ce film s’inspire de faits réels :

76 détenus s’échapperont (dont un pilote des Forces françaises libres) du Stalag Luft III situé à Sagan (de nos jours Żagań en Pologne) où sont détenus des pilotes et équipages des forces alliées. Seulement trois retrouveront la liberté. Onze réintégreront le Stalag et les autres évadés seront fusillés.

La moto du film : la Triumph TR6 Trophy ou TR6 C 1962

Les motos allemandes de la seconde guerre mondiale n’ étaient ni assez puissantes ni assez endurantes au niveau de la partie-cycle (cadre rigide) pour réaliser le saut final.

Triumph : La  Grande Évasion
Réplique de la moto devant le siège de Triumph à Meriden

La production achète donc trois Triumph TR6 Trophy à l’usine de Meriden qu’elle va maquiller à la va vite en BMW ou DKW monocylindre de l’armée allemande. Un porte-bagage, une vieille selle et une peinture « olive drab » (ou vert olive) feront l’affaire.

Triumph TR6 Trophy ou TR 6C 1962
Dérivée de la Speed Twin de 1938 (500 cm3), le vertical Twin gagne 150 cm3 en 1949 avec la Thunderbird pour séduire le marché américain. de (1949)

Bud Ekins comme Steve McQueen connaissent comme leurs poches le vertical Twin Pre-unit pour l’avoir utilisé dans les classiques californiennes (Big Bear, Catalina GP, etc.) ou dans le désert Mojave.

Triumph TR6 Trophy ou TR 6C 1962
La TR6 Trophy est la version destinée à l’off-road de la Thunderbird comme l’atteste sa ligne d’échappement haute

Les points forts de la Triumph Trophy sont les suivants :

  • Légère (166 kg)
  • Puissante (46 chevaux à 6500 tr/mn)
  • Rapide (160 km/h)
  • Partie-cycle moderne dotée d’un bras oscillant
  • Facile à régler (un seul carburateur Amal)

Ses points faibles pour la cascade :

  • La fourche n’a qu’un débattement de 150 mm
  • Des amortisseurs arrières Girling également à faible débattement

Le saut de La Grande Évasion

Pour des raisons liées aux assurances, la cascade finale est effectuée non par Steve McQueen mais par son ami et mentor en matière de off-road : Bud Ekins. Bud, premier crossman américain à rouler en Europe, tenait depuis le début des années 60, une prospère concession Triumph à Hollywood.

Saut moto : La Grande Évasion
On est loin des années lumières de la partie-cycle d’une Honda CRF 450 !

Le « King Of Cool » trouvant son personnage « un brin léger » décida de ne plus tourner tant que son rôle ne serait pas plus étoffé. Le réalisateur, John Sturges, finira par capituler face à la star et insérera la poursuite dans le script.

Cette longue séquence, filmée à Fussen (Autriche), sera donc réalisée par Bud Ekins, son frère Dave, et Tim Gibbes (un crossman australien ). Steve McQueen participera à la scène et c’est ainsi lui qui couchera la moto lorsqu’un câble sera tendu en travers de la route.

Le fameux saut de 20 mètres de long et 3,7 mètres de haut est réalisé à une vitesse d’environ 100 km/h. Pour ce faire, Bud Ekins avait creusé à la pelle une rampe de fortune donnant une trajectoire en arc de cercle ménageant une réception en douceur sur la roue arrière.

Bud Ekins empochera, pour ce qu’il qualifiera « d’argent facile », la coquette somme de 1000 dollars pour cette prestation soit le prix de trois Triumph 650 cm3.

Anecdotes de tournage

Charles Bronson qui joue le rôle du chef tunnelier avait été mineur et il souffrait de plus de claustrophobie comme son personnage. Il fournira à John Sturges de précieuses informations techniques tout comme Donald Pleasence qui avait été un officier de la Royal Air Force et interné dans un Stalag.

Grace au film, Bud Ekins deviendra cascadeur

Parmi, ses 500 apparitions au cinéma ou pour la TV, il doublera Steve McQueen dans « Bullit » (1968) et remontera à mainte reprises sur une Kawasaki KZ 900 pour la série « Chips » (1977-1983).

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Laurent Blasco-Calmels

Laurent, passionné par les belles mécaniques en tous genres & curieux des nouvelles technologies. Ex journaliste & auteurs de plusieurs livres bien avant que cela soit "trendy".

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