À longueur d’année, je reçois des communiqués de presse à propos de motos avec plus de superlatifs que de flèches tirées par les archets anglais durant la bataille d’Azincourt !

Si j’ai fait cette comparaison, c’est que pour le coup la BMW R7 est bien la moto la plus chère, la plus rare et la plus extravagante jamais construite.

La BMW R7 : la moto la plus exclusive jamais construite

La BMW R7 n’a pas dépassée le stade du prototype et elle n’a jamais été présentée au grand public ou à la presse.

La seule trace de cette moto se trouve dans une publicité de 1936 ventant la nouvelle BMW R5. Une photo de la BMW R7 est présente dans l’encart avec la légende : « ce que nous aurions pu faire ».

Un style à la hauteur des chefs d’œuvre automobiles de l’entre-deux-guerres

De prime abord, la BMW R7, c’est une esthétique hors norme. La BMW R7 est aux antipodes du style Bauhaus pourtant né en Allemagne où la fonction détermine la forme.

Avec cette moto, point de ce design austère. L’époque est au style Art déco et cette moto exploite les codes de cette école qui fera flores dans la production automobile des années trente. La carrosserie n’est que courbes et arrondis. Indian s’inspirera de l’Art déco en généralisant dès 1940 les garde-boue enveloppants.

Cette esthétique décalée continue à fasciner au XXIe siècle puisque NMoto commercialise un ki transformant une BMW R NineT en réplique de la R7.

La résurrection de la BMW R7…

Stockée au cours de la Seconde Guerre mondiale, cette moto était considérée comme disparue.

En 2005, elle est découverte par le plus grand des hasards dans les stocks du constructeur. Elle était complète à 70%. Seuls les roues, les embouts d’échappement « queue de carpe », le porte-bagages et le feu arrière avec le mot « stop » étaient manquants.

Le département Classic de BMW a sous-traité la restauration à deux ateliers.

Armin Frey, un expert en matière de boxer twin classiques, s’est chargé de la restauration du bicylindre de 790 cm3. Il a été grandement aidé dans ce travail par la découverte des plans de la R7 par les archivistes de BMW. La boîte de vitesse et la transmission finale par cardan ont été démontées puis refaites ainsi que le circuit électrique.

Les éléments de carrosserie prennent la direction de l’atelier de Hans Keckeisen qui refabriquera à l’identique les garde-boue qui n’ont pu être sauvés.

Le département Classic de BMW a mis la main sur les accessoires manquants comme les jantes, le cache batterie et le manomètre de pression d’huile.

L’unique cadre double berceaux en tôle emboutie ayant survécu a nécessité de nombreuses heures de travail pour pouvoir accueillir à nouveau le moteur. En 2008, la BMW R7 faisait à nouveau ses premiers tours de roue. Son histoire se termine donc par un « Happy End ».

BMW R7 : c’est aussi un boxer twin avant-gardiste

moto la plus chère
Si cette BMW R7 devait atterrir dans une vente, nul doute qu’elle deviendrait la moto la plus chère au monde !

Le projet de la BMW R7 est dirigé par Alfred Böning (ingénieur en chef BMW moto et automobile)

Le flat twin (M205/1) est dessiné par Leonhard Ischinger qui réalisera durant trois décennies (des années trente à cinquante) les moteurs du constructeur bavarois.

Bien que de facture très BMW, comprenez un bicylindre à plat à transmission finale par cardan, le moteur de la BMW R7 s’avère à la hauteur de son esthétique : novateur.

Des choix technologiques issus de l’aéronautique

flat twin vintage BMW
Les tiges de culbuteurs se retrouvent cachées sous les cylindres. Le boxer twin est alimenté par deux Amal-Fischer à pompe de reprise.

Le flat twin de 793 cm3 (une version 500 cm3 sera un temps envisagée) embarque un vilebrequin en acier forgé monobloc et des bielles montées sur paliers lisses.

L’arbre à cames est volontairement placé sous ce dernier, ce qui permet de surélever les cylindres.

Grâce à cela, la garde au sol progresse et les soupapes sont mieux positionnées dans la chambre de combustion hémisphérique.

La puissance est transmise à la roue arrière via une boîte à quatre vitesses qui se manipule grâce à un levier placé sur la partie droite du réservoir d’essence.

Sa mécanique fait la part belle aux technologies de pointe. Ainsi, cylindres et culasses ne font qu’un afin d’éliminer les fuites au niveau des joints de culasse. Cette technique est empruntée à l’aviation.

N’oublions pas que BMW fournit à cette date les trois moteurs en étoile du Junkers Ju 52 de la Lufthansa. Également, le carter moteur n’est fait que d’une seule pièce afin d’augmenter la rigidité d’ensemble du cadre.

La BMW R7, c’est aussi une supersportive

BMW Art déco

Le rapport poids / puissance de la BMW R7 est excellent pour une machine d’avant-guerre avec 35 ch à 5000 tr/mn pour seulement 176 kg à sec.

Les cotes du boxer twin sont « supercarrées» ( alésage de 83 mm et course de 73 mm) et prophétisent déjà les moteurs modernes. Les années trente, mais également les décennies qui suivront, voient la domination de l’architecture « longue course » (course supérieure à l’alésage).

En comparaison, le futur mètre étalon de l’industrie moto de l’après-guerre, la Triumph Speed Twin créée par Ed Turner en 1937 possède des cotes de « roturière » avec un alésage de 63 et une course de 80 mm.

La vitesse de pointe de la BMW R7 dépasse sans mal les 150 km/h. Cette machine, c’est également l’un des moteurs les plus aboutis de son époque. N’oublions pas que les BMW 500 Kompressor (1932-1939), contemporaines de la R7, sont des épouvantails sur piste mais aussi pour établir des records de vitesse sur les autobhan.

Pourquoi ne fut-elle jamais commercialisée ?

Les raisons qui poussèrent BMW à ne pas passer outre le stade du prototype sont de deux ordres. Cette moto nécessitait de lourds investissements en achat de machines-outils. Et hier comme aujourd’hui, le motard demeure frileux en matière de nouveauté. Il n’est pas certain que la BMW R7 aurait trouvé son public.

Munich commercialise en 1936 et 1937 la sportive BMW R5, moins ambitieuse tant d’un point de vue esthétique que technique (24 ch pour 165 kg). La R7 cédera tout de même sa fourche télescopique à cette dernière.

Désormais, cette moto trône à l’entrée du musée de la marque à Munich. BMW n’ayant aucun problème de trésorerie, il est plus qu’improbable que le bicylindre de 1934 prenne le chemin d’une salle des ventes. Et si cela était le cas, gageons qu’elle deviendrait illico la moto la plus chère au monde. Mais au fait, les mythes ont-ils un prix ?

Remarque : actuellement, la première réplique (#1) réalisée en 2018 par l’atelier Nmoto Studio est en vente sur eBay pour la somme conséquente de 95.000 $ ou 85.000 €. De facto, cette BMW R NineT « tunée » fait partie des motos les chères du marché.

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