Le 2 juillet 2016 disparaissait dans un quasi-anonymat Cliff « Soney » Vaughs à l’age de 79 ans dans la ville de Templeton (Californie).

Pourtant Cliff Vaughs est un personnage de première importance dans l’histoire de la moto puisqu’il imagina une machine de légende : La Captain America pilotée par Peter Fonda dans le road movie « Easy Rider ».

Les lignes extravagantes de cette machine sont devenues le symbole même du chopper dans l’imaginaire collectif de tout un chacun.

La Moto : Tout le monde la connait

Les choppers du road movie ont pour base quatre Hydra-Glide réformées et achetées au fameux L.A.P.D (Los Angeles Police Department) pour la somme de 500 $ pièce par Cliff Vaughs et Ben Hardy.

chopper easy rider

Cela permettra de construire deux exemplaires de la Captain America et également deux de la moto de Billy afin de parer aux aléas du tournage. Les quatre choppers seront construits en moins d’un mois et facturés 1250 $ chacun à la Columbia.

Cliff Vaughs sera épaulé par un autre afro-américain Ben Hardy (mort en 1994) et par le mécanicien automobile Larry Marcus.

Le moteur Panhead de la Captain America est placé dans un cadre Wishbone de chez Buchanan doté d’un angle de chasse incroyablement ouvert de 35° . Il permet le montage d’une fourche télescopique allongée de 30 cm (sic) dépourvue de frein avant.

Dans le film, la moto de Billy que chevauche Dennis Hopper (également à la réalisation et décédé en 2010) est un chopper conventionnel qui conserve un cadre d’Hydra-Glide non modifié.

Il n’en va pas de même pour la moto pilotée par Peter Fonda (Wyatt) . Personne n’avait jamais vu un chopper aussi extravagant à l’époque même en Californie !

Les accessoires sont du même acabit avec un imposant sissy bar qui tutoie le ciel, un guidon ape-hanger et des pots d’échappements relevés finissant par des embouts en forme de queue de carpe.

Mais, la Captain America ne serait rien sans sa fameuse peinture exécutée sur le peanut tank aux couleurs du drapeau américain par Dean Lanza. La selle King and Queen de la moto de Peter Fonda est réalisée par Larry Hooper.

Le nom « Captain America » fait référence au super héros du Comics Marvel créé sur commande du Pentagone afin de soutenir le moral des troupes durant la seconde guerre mondiale.

La dextérité de Fonda

Beaucoup et notamment en Europe se demanderont par quel miracle Peter Fonda réussit à tenir l’équilibre sur un tel engin.

L’acteur avait joué en 1967 dans « The Wild Angels » de Roger Corman (« Les Anges Sauvages » en VF), un genre très à la mode dans le Hollywood de l’époque.

Dans ce biker movie, Fonda pilote un chopper de facture classique ce qui s’avérera être un excellent entrainement pour manier l’imposant Captain America.

Son histoire est également légendaire

Suite au succès mondial d’Easy Rider, Peter Fonda et Dan Hagerty , qui a un petit rôle (« Grizzly Adams ») dans le film mais qui entretient les quatre choppers durant le tournage, vont se déchirer à propos de la paternité des motos.

De son coté et dès 2011, Dennis Hopper affirmera sans ambiguïté que c’est Cliff Vaughs et Ben Hardy qui ont construit les machines du road movie.

Qu’est-il arrivé aux motos ?

Trois des quatre choppers seront volés avant même la fin du tournage. Dan Hagerty aurait récupéré la moto ayant fini dans un fossé et qui prend feu à la toute fin du film. Hagerty qui héritera de l’épave, l’aurait retapée des décennies plus tard.

L’affaire tourne au comique lorsque deux collectionneurs affirment avoir achetés chacun un exemplaire « la » Captain America à Hagerty. L’un de ces choppers fait d’ailleurs partie des motos la plus chère au monde !

Le mystère planera à tout jamais sur ces deux Panhead puisque Dan Hagerty est décédé avant ces révélations.

Cliff « Soney » Vaughs

Le biker activiste

Vous ne pouvez pas aborder la vie de Cliff Vaughs sans évoquer le fait qu’il est un jeune afro-américain (donc pauvre) du milieu des année 60 diplômé en art de l’université de Mexico.

Originaire de Boston et ayant fait un court passage chez les Marines comme tant d’autres, Cliff Vaughs s’installe à Los Angeles au milieu des années 60 pour créer une antenne locale du mouvement de lutte pour les droits civiques (SNCC). Il est parfois jugé trop provocateur voire trop indépendant par le mouvement Black Power, Il filmera et photographiera Martin Luther King, les leaders des Black Panthers et suivra la cause noire.

Reporter radio pour des raisons alimentaires, il couvre en 1966 le procès du fils d’Henri Fonda accusé de possession de marijuana. Une amitié entre Peter et Cliff se forme sur fond de moto et de cinéma : Easy Rider est en route !

cliff vaughs chopper
Vaughs a une telle passion pour la mécanique qu’il préférera monter un de ses « pièges » plutôt que de se rendre à la grande marche pour l’égalité en 1963 à Washington…

Il fait aussi partie du Chosen Few MC ; l’un des tous premiers clubs bikers ouverts aux gens de couleur. La toute puissante American Motorcyclist Association (AMA) n’accepte officiellement les motards de couleur que depuis 1954 au sein des moto-clubs affiliés… et ceci du bout des lèvres ! 

Cliff Vaugh dans les états du Sud : des airs d’Easy Rider ?

Libre et provocateur, nous l’avons déjà dit, Il n’hésite pas à « porter la rébellion » dans les états du Sud. Juché sur sa Harley en cuir noir, il montre aux blacks du cru qu’il existe un autre horizon que le champ de coton !

Lors de ses rides et comme Jack Nicholson dans le film qui joue un avocat pour les droits civiques, Il lui arrive de passer par la case prison. Certains rednecks le prennent en chasse et parfois lui tire dessus.

A l’évidence, les aventures de Vaughs dans les états du Sud ne sont pas sans rappeler certaines scènes du road movie.

Cliff Vaughs : Un temps producteur associé

black MC membres
Des membres des Chosen Few MC au milieu des sixties

Les coûts du film explosent avant qu’une seule scène ne soit réalisée. La Columbia reprend la main. Une close de confidentialité entre l’activiste noir et le studio hollywoodien semble avoir été signée.

Au final, les noms de Cliff Vaughs et Ben Hardy disparaissent du générique et tombent dans l’oubli le plus complet.

Ben Hardy motorcycle builder
Ben Hardy tenait un petit bouclard dans le quartier de Watts qui se charge de la bonne santé des V-Twin Panhead se fera aidé par Larry Marcus. Le psychopathe Charles Manson lui commandera un chopper !

Le nom d’Easy Rider aurait été donné en hommage à une chanson chantée par l’actrice May West dans le film « Lady Lou » (1933). L’un des couplets est :  » I wonder where my easy rider’s gone. » que l’on pourrait traduire par « Je me demande où mon cavalier cool est partie »  Il s’agirait là encore d’une idée de Cliff Vaughs.

Dès 1968, le magazine « Chopper » de Ed Roth attribut à Cliff Vaughs et Ben Hardy la paternité du chopper Captain America.

Par contre, le documentaire de plus de 2 heures sorti en 2007-2008 sur l’histoire du Chopper de Jesse James ne les mentionnera jamais…

Obligé de quitter la Californie pour ses positions radicales au début des années 70, Cliff Vaughs passera les quatre décennies suivantes à barrer son voilier. Il naviguera dans les eaux des Caraïbes et le long des cotes de l’Amérique du Sud transportant tout ce qui peut être louche et clandestin.

L’activiste rentre aux pays en 2014 et il est finalement réhabilité par le tout Hollywood qui n’aime définitivement que les « happy ends ».  Cliff Vaughs ne verra Easy Rider que sur le tard.

En 2015, Peter Fonda fera son mea-culpa suite à la vente d’une Captain America pour la somme de 1,62 millions de Dollars faisant du chopper iconique, la moto la plus chère au monde !

« La création de ces choppers, ce ne fut qu’un petit mois de ma vie. Je suis heureux qu’elles aient tant marqué les spectateurs

Cliff « soney » Vaughs

Cliff Vaughs : le paria finalement réhabilité

easy rider movie : captain america bike

Le 2 octobre 2016, la boutique Deus Ex Machina de Venice organisait un dernier hommage au custom builder.

Sa famille et des membres du Chosen Few MC, auquel il avait appartenu, avaient fait le déplacement jusqu’à la station balnéaire.

Peter Fonda n’était pas présent mais avait souhaité s’associer à cet hommage avec ces quelques mots :

« Sans cliff et Ben, j’aurais été dans un biker parmi tant d’autres avec un joli casque et une jolie peinture de réservoir ».

Peter Fonda
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