Les 24 Heures du Mans 1966 sont au cœur de l’actualité de ce début d’été pour une double actualité.

La maison Sotheby’s mettra en vente la Ford GT 40 ayant terminée à la troisième place de l’épreuve mancelle et un film retraçant cette épopée sortira courant 2019.

Ford GT 40 troisème 24 Heures du mans 1966

« Vous feriez mieux de gagner ».

C’est par ces quelques mots lapidaires apposés au dos d’une carte postale par Henry Ford II ( le petit fils du fondateur) envoyée aux membres de l’écurie Ford au cours de l’été 1965 que l’on peut mesurer l’importance du programme « GT 40 ».

Pour le magnat de Detroit, une victoire dans la course la plus célèbre au Monde, les 24 Heures du Mans, est impérative. Les moyens sont donc illimités.

Une victoire dans l’endurance mancelle répond à la stratégie de développement du constructeur de Dearborn, en Europe où la marque est synonyme de voitures de la pègre et des starlettes.

Elle correspond également à un rajeunissement de son image aux Etats-Unis. La Mustang n’existe pas encore (1964).

Pour Henry Ford II, qui se voit comme un grand capitaine d’industrie et non comme un simple héritier, c’est également l’occasion de mettre la main sur des technologies que ne possèdent pas les constructeurs américains et de ne plus être dans l’ombre du « number one » : General Motors.

Elle laverait et cela n’est pas le moindre des arguments l’affront que lui a fait subir un certain Enzo Ferrari. Le Tycoon américain avait eu vent en 1963 des difficultés financières que traversaient l’usine de Maranello.

Racheter Ferrari, c’est le gage d’un savoir-faire en matière de véhicules sportifs et de course inestimable pour un prix dérisoire vu selon le prisme de Detroit.

C’est également l’opportunité d’apposer son patronyme dans le palmarès de la plus célèbre course au monde de part et d’autre de l’Atlantique qui est alors à l apogée de sa notoriété.

La firme au Cavallino Rampante est une proie de choix car elle est invaincue depuis 1960 aux 24 Heures du Mans.

Mais au moment de signer l’acte de vente, « Il Commendatore » fait capoter la vente en apostrophant son bras droit d’une formule restée dans les anales du sport mécanique : « Viens Gozzi, allons dîner ! ». Le directeur général de la division automobile de Ford, Donald Frey, resta pantois.

Le mano à mano

De là, va naître une querelle d’égos et un duel qui raisonne encore dans la campagne sarthoise car on ne peut pas dire « non » à l’héritier.

Henry Ford II, ne pouvant jouer au coucou avec Ferrari, se tourne vers la patrie des sports mécaniques et son réseau de sous-traitants spécialisés dans la compétition : l’Angleterre.

Au cours de l’été 1963, Ford-Angleterre se rapproche de la firme Lola cornaquée par Eric Broadley. Ce dernier vient de concevoir une berlinette à moteur central très prometteur : La Lola MK6. On lui adjoint comme précieux renfort John Wyer qui dirigeait l’écurie d’Aston Martin. Bruce McLaren est bombardé pilote-essayeur.

Les délais à tenir sont extrêmement cours car le racer au logo bleu devra être prêt pour le double tours d’horloge mansois 1964.

En échange de cette collaboration, les ordinateurs de Ford tournent à plein régime afin de simuler la résistance des pièces à l’usure. L’unique essuie-glace est conçu par Boeing. On installe dans la Lola MK6 le V8 4,2 l Ford de 350 ch.

ford GT 40 MK II

Le prototype prend le nom de « GT 40 » en raison de sa hauteur de toit de 40 pouces (101,6 cm).

La première GT 40 sort le 1er avril 1964 des ateliers Ford Advanced Vehicles installés à proximité de l’aéroport londonien d’Heathrow.

Les GT 40 débutent en compétition en mai 1964 lors des 1000 km du Nürburgring. Seulement 80 exemplaires « racing » seront construits auquel il faut rajouter une petite cinquantaine de version « civiles » construites pour l’homologation en course. Ces dernières sont peu recherchées des collectionneurs…

La maison de vente aux enchères RM Sotheby’s mettra en vente en aout prochain une voiture réellement exceptionnelle.

Il s’agit de la Ford GT 40 numéro 5 ayant finie à la troisième position des 24 Heures du Mans 1966. Elle était pilotée par l’équipage Ronnie Bucknum – Dick Hutcherson.

Les deux tours d’horloge 1966 de l’endurance mancelle seront remportés par l’équipage Bruce McLaren – Chris Amon suivi du duo Dennis Hulme – Ken Miles (auteur de la pole position). Les deux équipages courent pour le team

C’est une victoire sur le papier car dans les faits, les deux équipages ont passé la ligne d’arrivée cote à cote suivant en cela les consignes dictées par l’écurie.

L’Automobile Club de l’Ouest trancha et décida que le duo Bruce McLaren-Chris Amon, n’étant pas parti en pole-position, avait donc parcouru une plus grande distance…

Les 3 Ford GT 40 formant le podium sont de type MKII (Mark 2 ou version 2). Elles se distinguent des Mark I principalement en deux points :

Ford GT 1966 MKII Le Mnas 1966 V8 engine 7 litres

Les Mark II abandonnent le V8 de 4,2 litres (350 chevaux à 7200 tr/mn) entièrement en aluminium contre un énorme V8 de 7 litres aux performances phénoménales : 475 ch. à 6200 tr/mn et 76 mkg à 4000 tours seulement.

Ce 427 cui est issu de la « banque d’organe » de Ford racing puisqu’il équipe également les Galaxie préparées pour les courses de Nascar. On retrouvera ce V8 sur  l’AC Cobra 427 et la Ford Mustang Shelby GT 500.

Des études aérodynamiques poussées ont été également menées avec l’aide d’ordinateurs. Elles permettent de réduire la trainée notamment au niveau des entrées d’air et d’accroitre l’appui sur le train arrière. La GT 40 n’est pas équipée d’un aileron arrière. Une Mark II tutoie les 320 km/h sur la ligne droite des Hunaudières soit une vitesse d’un avion de ligne au décollage !

ford GT 40 Mark II 2

Le géant américain n’avait pas fait les chose à moitié pour l’édition 1966. 8 GT 40 MKII (plus une faisant office de « mulet »), 100 personnes et 21 tonnes de matériels appartenant à des « écuries indépendantes » débarquent en terre sarthoise. Elles sont épaulées par 5 GT MKI.

Le Mans 1966Au final, 55 voitures sont engagées dans la classique mancelle dont huit Ferrari (trois nouvelles P3, quatre 365 P2 et une 275 LM) ainsi que trois Dino venues disputer la classe 2 litres aux Porsche et aux Matra-BRM.

La GT 40 mise en vente cet été à Monterey porte le numéro châssis «  P/1016 ». Elle débute sa carrière de pistarde en courant les 24 Heures de Daytona en février 1966 avant de participer en mars de la même année aux 12 Heures de Sebring.

Lors de l’endurance de Daytona, elle reçoit une boîte automatique expérimentale qui cassera en course. Ce choix ne sera plus jamais réitéré. Elle court l’endurance mancelle 1966 avec une transmission classique ZF pour l’écurie Holman & Moody / Essex Wire Corp.

Les 24 Heures du Mans 1966 sont marqués par l’écrasante victoire des Ford GT MK II qui s’emparent de toutes les places du podium.

L’épreuve, malgré cette victoire sans appel, ne fut pas une partie de plaisir car sur les 13 Ford GT engagées, seulement trois passèrent la ligne d’arrivée. Autre fait d’arme, la vitesse moyenne de l’équipage victorieux atteint 201 km/h ! Les Ford terminant aux deux premières places appartiennent au team «  Shelby American Inc. ».

La Scuderia Ferrari est totalement sur-classée. Elle ne réussit qu’à placer une de ses voitures à une maigre 8ème place avec 47 tours de retard !

Après cet affront, « Il Commendatore » ne fera plus jamais courir de Ferrari aux 24 heures du mans.

Henry Ford II Le Mans 1966

Henry Ford II peut savourer son succès. Notez l’état de la piste. Les 24 Heures du Mans 1966 étaient très pluvieux.

Henry Ford II, qui avait fait le déplacement et qui agite le drapeau à damier, peut savourer son succès. Le cow-boy de Detroit a terrassé l’artisan de Maranello.

Par la suite, la Ford GT 40 P/1016 fera le tour des concessions américaines pour promouvoir le constructeur de Detroit. Elle terminera sa carrière sportive en concourant les 24 Heures de Daytona 1967 au cours desquelles elle devra abandonner suite à la casse de sa boîte de vitesses.

Son prix de vente devrait dépasser la GT 40 aux couleurs du pétrolier « Gulf » qui sera utilisée dans le film « Le Mans » produit par Steve McQueen. Elle avait été vendue en 2011 pour la somme astronomique de 11 millions de dollars de l’époque.

Ford GT40 Bruce Mclaren

La voiture vainqueur.

Les GT 40 remporteront les éditions 1967 et 1968 des 24 heures du Mans.

Un film tiré du livre « Go Like Hell : Ford, Ferrari, and Their Battle for Speed and Glory at Le Mans » de A. J Baime retraçant la rivalité entre Henri Ford II et Enzo Ferrari et cette course mythique sortira courant 2019.

Produit par la 20th Century Fox, ce film sera réalisé par James Mangold (Copland, Wolverine : Le Combat de l’immortel, Logan, etc).

Matt Damon endosse le rôle du pilote et ingénieur, Carroll Shelby alors que Christian Bale jouera le rôle de Ken Miles.

On n’a donc pas fini d’entendre parler du Mans 1966 en 2019 !