Ce cigare est un concentré de l’Amérique que l’on aime : un gros V-Twin tapé pour aller taquiner le « dieu de la vitesse » cher à Burt Munro.

Ajoutez un préparateur moteur fondateur de l’un des premiers MC, des hot rods gavés au méthanol en veux-tu en voilà et vous avez là le paradis perdu de tout amateur de kustom kulture !

Réalisé par une légende du hot rodding

Hot Rod Bonneville Speed Week
Le Super Shaker à Bonneville : une silhouette très proche des futures « barquettes » Chaparral

Ce streamliner est l’œuvre d’un des pionniers des chasseurs de temps sur les lacs salés de Californie et de Bonneville (Utah).

Son nom, Bill Burke, ne vous dira certainement rien ! Mais si vous êtes un tant soit peu féru de kustom kulture, c’est lui qui invente, dès 1946, les belly tankers, ces hot rods construits autour d’un réservoir additionnel pour les chasseurs P-51 Mustang et Lookeed P-38.

En 1948, le Californien valide le concept des cigares de type belly tanker en devenant le hot rodder le plus rapide au monde à 243,15 km/h sur le lac de El Mirage (Californie).

Le pilote et constructeur étant campé, passons à la bête !

La carrosserie de ce cigare est réalisée dans un matériau nouveau pour l’époque : la fibre de verre. Bill Burke connaît parfaitement ce matériau. Il avait fondé en 1951 avec une autre légende du sport automobile, Mickey Thompson (le premier homme à atteindre 400 mph ou 640 km/h à Bonneville) une société qui produira des coques en fibre pour voitures et bateaux.

Un V-Twin tapé jusqu’à l’os par un biker haut en couleur(s)

V-Twin Knucklehead
Gros plan sur le V-Twin Knucklehead

Un V-Twin Harley-Davidson Knucklehead 61 cui (1000 cm3) anime le Super Shaker.

La cylindrée est portée à 91 cui ( ou 1491 cm3) grâce à une augmentation de l’alésage et de la course. Le profil des cames est du sur mesure. Les chambres de combustion accueillent désormais de grosses soupapes. Deux carburateurs automobiles Riley 1-1/2, soit 38 mm de diamètre chacun (!), alimentent le bicylindre de Milwaukee !

Seuls le second et 4e rapport de la boîte du Knucklehead sont jugés nécessaire pour la chasse aux records de vitesse absolus.

Ce travail de préparation est l’oeuvre de C.B Clausen. Ce dernier est une autre légende, mais cette fois-ci du monde biker. Il est l’un des membres fondateurs d’un des premiers moto club de l’après-guerre, le Boozefighter M.C créé en 1946. CB Clausen est également le premier biker à avoir amené une belle de Milwaukee à Bonneville pour ferrailler avec les 1000 Vincent. Accessoirement, il jouera du coup de poing un certain 4 juillet 1947 du côté d’Hollister !

Le châssis du streamliner Super Shaker

Streamliner Super Shaker

Il est typique de l’école américaine que l’on retrouve toujours en NASCAR. C’est simple et efficace à des années-lumière de la sophistication ennuyeuse des Formules 1 modernes.

Le châssis est formé d’une robuste cage tubulaire. Deux treillis latéraux réalisés en tube de 2 pouces (5 cm) sont réunis via des transverses également cylindriques de 1 pouce de diamètre. La peau en fibre de verre est posée sur cette charpente et le bicylindre y est directement boulonné.

Le train avant et la direction proviennent d’une Ford Anglia alors que le pont arrière et son différentiel sont issus du Servi-Car de chez Harley-Davidson.

L’emploi de la fibre paye. Le cigare ne pèse que 272 kg à sec soit peu ou prou le poids d’un Knucklehead. Le streamliner Super Shaker mesure 2,13 mètres de long pour 107 cm de large.

1959 : le record

Aux mains de son créateur, il atteint 243,62 km/h en août 1959 à Bonneville. Le record de Joe Petrali à 219,16 km/h de 1937, toujours sur un Knucklehead partiellement caréné , est pulvérisé. Le cigare « Super Shaker » fera dans la foulée « la une » de tous les magazines automobiles du pays.

Il faudra attendre 1969 pour que ce record tombe. Cette année là, Leo Payne amène son Sportster de 1957 à la vitesse de 316,25 km/h. Il établit également un record du monde pour une moto partiellement carénée.

« Less is right »

Cette maxime « moins, c’est bien » fait un parfait contrechamp à la célèbre formule de Colin Chapman, « Light is Right » et illustre tout le propos de ce streamliner.

Après tout, le Super Shaker, ce n’est fait que de quelques kilos de fibre, de tubes et un big twin Harley.

N’oublions pas que dès 1946 avec les belly tankers, le Californien jette les bases d’un véhicule taillé pour la vitesse qui évoque les Formules 1 européennes des années 60 !

Quant au Super Shaker, il établit les choix technologiques du sport automobile américain moderne en NASCAR comme en dragster. Bill Burke est un génie mécanique de la trempe du créateur de l’écurie Lotus.

Passé de mains en mains puis finalement restauré, le Super Shaker ouvrira l’édition 2008 de la semaine de la vitesse de Bonneville. Il sera par la suite exposé au musée de la NHRA à Pomona (Californie).

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