Première concentration des Harlistas cubains sur leurs vieux Panhead

Moins médiatisés, mais pas moins débrouillards et passionnés, que leurs homologues sur quatre roues roulant au son des gros V8 Made in Detroit, les « Harlistas », les bikers cubains, viennent d’organiser  les 14 et 15 avril 2012 leur toute première concentration nationale  sur l’ile de Cuba dans la station balnéaire de Varadero.

Durant deux jours, les Harlistas, comprenez les « Harleyistes » dans la langue de Cervantes, ont organisé des activités traditionnelles des rassemblements de bikers comme attraper des saucisses sans les mains ou participer à une course de lenteur. Des prix ont été remis à la plus vieille machine, la mieux restaurée ou celle qui a parcouru le plus de kilomètres pour venir à Varadero.

Un résident canadien a organisé gratuitement le diner du soir offert aux 70 participants. Cette concentration a permis de récolter prés de 1000 dollars qui permettront d’entretenir et de restaurer les vieilles Harley que compte encore Cuba. Mais comme dans toute  fiesta digne de ce nom, l’essentiel était de partager  sa passion commune pour les Harley Davidson.

Les organisateurs de ce rallye estiment le nombre de Harley Davidson sur l’ile à 270 – 300 exemplaires dont 200 sur La Havane, tous antérieurs à la révolution cubaine de 1959.

Ils  considèrent qu’il y avait environ 2000 motos made in Milwaukee sur l’ile à cette date. La plupart de ces machines US étaient utilisées par la police ou l’armée.

Max  Cucchi, un résident italien qui possède un Panhead de 1958 et qui participe à l’organisation du rassemblement, parle ainsi de cette concentration : «  Normalement toutes les motos que vous voyez ici devraient être dans des musées comme c’est le cas partout dans le monde ».

Ce dernier est en train d’écrire un livre sur les Harlistas intitulé « Here people use them to live » ou en VF, « Ici les gens les utilisent pour vivre ».

Ce titre est fort à propos car ces antiquités sont utilisées pour toutes les taches du quotidien comme aller faire les courses voire servir de véhicule de déménagement !

C’est vrai qu’il y a matière à écrire un bon gors bouquin car depuis cinquante ans les cubains fous de vieilles fontes « Made In Milwaukee » subissent de plein fouet l’embargo des USA.

Il n’y avait donc plus aucune pièce pour entretenir ces antiquités. Les cubains sont devenus mettre dans l’art de la débrouille. Par exemple, ils ont monté des pistons d’Alfa Roméo ou de camions russes, utilisé des pneus de coccinelles ou fabriqué un guidon ou un pot d’échappement à partir de tuyaux de construction.

Jorge Fonseca, un mécanicien de profession et un Harlistas de cœur raconte : «  le blocus était très dur. Il n’y avait aucune possibilité de faire quelque chose ». Il ajoute :« Ceux qui avaient des motos et qui étaient capables de les entretenir eux-mêmes avaient un grand mérite car ils ont tenu le coup sans rien ».

Les choses ont commencé à changer dans les années 90 avec le développement du tourisme. Canadiens et européens ont apporté des pièces comme cadeaux. Les cubains exilés aux USA et leurs descendants ont fait de même avec l’assouplissement récent des voyages entre cuba et les USA.

Adolofo Pez, un autre organisateur, dit qu’il peut désormais commander en ligne des pièces et qu’elles seront expédiées aux Canada où des amis les réexpédieront vers Cuba.

Mais la débrouillardise cubaine demeure. Ainsi Jorge Fonseca continue à utiliser des dynamos des motos russes Oural sur son Panhead de 1954 qui coutent 15 dollars au lieu des 400 !!!

Les bikers de Cuba forment une communauté soudée où l’on partage les outils et où l’on s’entraide.

Il y a trois clubs sur La havane, en comptant le chapter national du Latin American Motorcycle Association. Des rassemblements avec la petite famille ont lieu tous les samedi sur le front de mer à l’ombre de l’ Hotel Nacional de La Havane pour montrer leurs motos et siroter rhum et coca et échanger des histoires de garages et de routes.

Images : REUTERS