Les silencieux d’origine des Harley Davidson émettent entre 92 et 100 dB(A) voire même 105 d(B)A !

C’est tout aussi vrai pour  les autres motos (le bruit d’une BMW GS 1200 a été mesuré à 95 d(B)A ) ou les adaptables vendus par la Motor Company sous le label « Screamin’ Eagle ». A y regarder de plus près, tous ses systèmes d’échappement sont dument homologués aux USA avec une loi fédérale qui stipule que les émissions sonores ne doivent pas dépasser 80 d(B)A, la même valeur qui d’ailleurs prévaut en Europe. Ainsi, sous chaque pot nous retrouvons, ce que l’on peut qualifier en l’espèce d’un « très long baratin » « EPA stamp à 80 d(B)A ». Cette gravure, généralement sous le pot,  très consensuel et politiquement correct montre que les embouts  respectent la réglementation américaine en matière de nuisance sonore et de pollution  édictée par l’EPA (Environmental Protection Agency) , l’équivalent de l’ADEME en France.
Pour sa part, l’Etat de Californie a  promulgué en 2010, une loi très restrictive en s’appuyant sur son propre service de protection de l’air : le CARB.

Aux USA, le mot « lobby » ou groupe d’intérêt, en bon français, n’a pas la connotation péjorative dont il est affublé de ce coté-ci de l’Atlantique. Il n’est pas obligatoirement synonyme de « grosse tambouille » entre politiciens véreux et multinationales se tenant dans d’obscurs bureaux de Washington DC. Le lobbying y est aussi perçu comme un moyen de faire vivre la démocratie en faisant remonter vers les politiques des informations de terrain.

Mais, comment ce petit miracle est-il possible ?

Primo et cela ne vous a certainement pas échappé, Harley Davidson est LE constructeur national. La Motor Compagny fait vivre 6300 ouvriers employés principalement aux USA dans son QG historique de Milwaukee (Wisconsin) mais aussi à Kansas City (Missouri) et à York (Pennsylvanie). Autant d’états où les sénateurs sont plutôt des « pro-moto » !

Deusio, HD n’est pas du tout une marque comme les autres. HD comme Levis ou Coca Cola, est dans le monde un ambassadeur d’un certain « American Way Of Life » ou d’une certaine idée de l’Amérique. Ainsi en 1983, le président Ronald Reagan a surtaxé toutes les motos importées pour sauver le « fleuron national ». En 2014, la moto électrique « Livewire« a été un énorme coup de pub pour le savoir faire US afin de répondre aux défis écologiques du 21ème siècle. Qui mieux que Harley Davidson pouvait porter haut et fort ce message ?

Son PDG, Matt Levatich, disait à propos du  projet de moto électrique Limewire :

« L’ Amérique a toujours été la meilleure pour se réinventer »

Une vrai phrase de VRP ou d’embassadeur de la technologie US ! 

Les autres constructeurs et accessoiristes motos ne sont pas en reste et font du lobbying dans les couloirs du congrès avec des structures comme la SEMA (Specialty Equipment Market Association) ou la MIC ( Motorcycle Industry Council).

N’oublions pas « dans cet écosystème » les groupes de pression que sont les motards. L’AMA, l’équivalent US de la Fédération Française de Moto, qui est forte de 300 000 membres (!) et qui possède 1200 chapitres. L’AMA, tout comme la NRA pour les armes, sait se faire entendre car c’est une redoutable machine de guerre avec des membres très actifs et très bien organisés.

Citons aussi dans cette nébuleuse de lobbies « pro-moto », l’ABATE qui est une fédération à connotation plus « biker ». Elle est née en 1972 en Californie de l’initiative du rédacteur en chef d’alors du magazine de chopper Easy Rider. L’ABATE est présente sous la forme de chapters dans quasiment tous les états et elle organise notamment des distributions de jouets (« toy runs »), des stages de pilotage et possède son propre service juridique.

Des milliers d’autres structures existent pour défendre l’intérêt des motocyclistes et sauver le « loud pipes, save lives » qui est intrinsèque à la culture moto nord américaine.

De leur coté, les forces de police sont peu enclines à verbaliser car les sonomètres sont chers (3000 €) et comme nous l’avons écrit dans un précédent article, la mesure est toujours attaquable et est attaquée par ces associations ayant de l’argent et donc des avocats spécialisés dans tous les états. De plus, les shérifs comme les juges sont élus …

L’AMA cherche à limiter « la casse » en voulant établir au niveau fédéral une norme SAE relativement libérale et non celle de la Californian Air Ressource Board (CARB) ultra répressive.

La SAE International (Society Of Automotive Engineers), connue pour ses normes qui régulent jusqu’à la taille des containers, recommande un nombre de décibels max compris entre 92 et 100 d(B)A soit dix fois plus (mesure logarithmique) que la limite actuelle fixée par l’état fédéral avec ses maigres 80 d(B)A. Cette norme, applicable aux 49 états américains, porte le nom de norme SAE J282.

Soutenue par l’AMA, la norme SAE est de 92 d(B)A max. au ralenti pour toutes les motos avec le sonomètre à une distance de 50 cm  et placé à 45 °de la sortie d’échappement. Un second modus operandi, plus complexe, n’a pas été écarté avec une mesure « en dynamique » grâce au compte-tours avec un moteur en régime statique ou en accélération.Si l’on choisit cette méthode, les limites recommandées par la SAE passent à 100 d(B)A pour les 3 et 4 cylindres et à 96 d(B)A pour les motos de moins de 3 cylindres.