L'équipée sauvage : naissance des bikers

L’Équipée Sauvage : né d’un fait divers

Le film L’Équipée Sauvage  (The Wild Ones) est l’un des prémices de la contre-culture qui verra son apogée dans les années soixante et qui sera portée sur grand écran par un autre film : Easy Rider (1969).

Le film s’inspire de fait réels qui se sont déroulés à Hollister (Californie) lors de la fête nationale américaine ou Independance Day, du 4 juillet 1947.

Ce film, même s’il est « affreusement daté », est un film fondateur du mouvement biker et de la scène cafe racer.

Les USA : Le pays de l’automobile reine

L’Équipée Sauvage  est la source de jouvence d’un objet qui n’a plus aucun sens d’un point de vue pratique. Henry Ford a démocratisé l’automobile et l’American Dream naissant se conjugue exclusivement au son d’un gros V8 « Made In Detroit ». Rouler en moto est quasiment un acte anti-patriotique !

Indian ferme ses portes en 1953 et la même année Harley-Davidson ne vend que 14 000 motos destinées quasi-exclusivement aux services de police et à la poste américaine. La Motor Co devra sa survie à une moto au cahier des charges très britannique : le Sportster.

La Seconde Guerre mondiale

Ce conflit a été un formidable moyen de promouvoir l’industrie motocycliste britannique. Les dizaines de milliers de GIs qui débarquent dès 1942 découvrent une façon ludique de faire de la moto.

Avec le retour des théâtres d’opérations, le motard s’invente un mode de vie en marge d’une société qui reprend son cours comme si rien ne s’était passer. Ils écoutent du jazz bebop, portent un cuir élimé et parlent en argot ( le jazz slang).

Les lourds et patauds Big Twin ne les font guère rêver. Les plus aisés achètent des anglaises alors que la grande majorité allégeront autant que faire se peut les Indian et autres Harley d’avant-guerre que l’on dégotte pour une poignée de dollars. C’est l’émergence des bobbers et de la customisation des motos bien que la préparation des motos américaines ait vu le jour dès les années 20 avec les cut down.

harley-davidson vl bobber
Un bobber dans toute sa splendeur

Au tournant des années 40-50, les bobbers vont progressivement perdre du terrain car le niveau de vie des américains progresse fortement. Certaines années, 75% de la production de motos britanniques prennent le chemin des USA.

Le rôle de la fédération motocycliste Américaine (AMA)

On ne saurait expliquer les « incidents d’Hollister» du 4 et 5 juillet 1947 sans évoquer le fait que la fédération exerce une véritable vendetta contre les courses sauvages et les pilotes qui y participent. Un pilote vu à une course informelle subira toutes les tracasseries possibles lors d’un événement organisé par l’AMA. Les bobbers sont également persona non grata.

L’AMA, à l’image de la société américaine, est ultra-conservatrice. Ainsi, ses membres doivent revêtir un uniforme avec guêtres, cravate et veston. Le cuir et les bottes sont réservés aux seules compétitions.

Vous comprendrez que cela en est trop pour une jeunesse qui combattait hier encore des régimes ayant un goût immodéré pour… les uniformes !

Les premiers MC : une bande de potes

Les bikers s’organisent au sein de « club outlaw » qui ne sont que des amicales informelles qui se créent autour d’un zinc faisant également office de station service. Les premiers clubs outlaw voient le jour dès 1946 principalement en Californie car le « Golden State » permet de rouler en moto toute l’année.

Citons parmi les plus gros clubs de l’époque, le Gallopin’Goose MC (1946), le Pissed Off Bastard Of Bloomingthon MC (1945) et le Boozefighters MC (1946).

Le 17 mars 1948, dans la banlieue de Los Angeles, est fondé le Hells Angels Motorcycle Club (HAMC). L’un des membres fondateurs de ce MC est le chef de la 3e escadrille au nom éponyme, Arvid Olsen, appartenant aux célèbres « Tigres Volants » ayant combattu en Chine.

Le fait divers à l’origine de L’Equipée Sauvage

L’Independance Day 1947 donne lieu au premier weekend de trois jours depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Profitant de cela, des motards venant de Los Angeles, à 600 km de là, se rendent dans le Nord de la Californie, dans la bourgade de d’ Hollister, pour une concentration baptisée « Gipsy Tour ».

les premiers bikers
Un membre du Boozefighters MC. Ce club fondé en 1946 était bien présent lors des événements d’Hollister 1947. Le second motard pilote ce qui semble être une AJS.

Le chef de la police, Ben Earl, ne dispose que d’une dizaine d’agent. L’édition 1946 déjà organisée par l’AMA n’avait attirée qu’un millier de motards.

La Main Street d’Hollister sera l’épicentre de rodéos

Cette artère concentre plusieurs dizaines de bars car la ville est le plus grand marché aux bestiaux de la région.

Les motards s’entassent dans des corrals sans commodité et remplis de bouse. Beaucoup de bikers les déserteront et passeront la nuit dans les bars ou installeront leur sac de couchage à même le trottoir ou dans les jardins des particuliers. Appelés par ces derniers, la police les déloge à grands coups de matraque.

Les bikers les plus téméraires et/ou imbibés pénètrent dans les bars juchés sur leur moto. Les glaces et bouteilles volent.

Les tenanciers font des affaires en or, car en plus d’assécher les stocks d’alcool et aussi incroyable que cela puisse paraître, les bikers payent la casse !

N’oublions pas que nous sommes dans les années 40 et que le hooliganisme n’existe pas. Le chef Earl ne fera d’ailleurs pas fermer les bars pour ne pas fâcher des cafetiers.

Hollister 1947
L’ambiance était bon enfant. De nombreux habitants sont venus sur la main street acclamer les acrobaties.

Le samedi 5 juillet 1947 dans l’après-midi, le chef Ben Earl demande des renforts car il craint une soirée encore plus chaude.  30 Californian Highways patrolmen appuyés par quatre hommes du shérif de Monterrey débarquent en ville. Un couvre feu est décrété mais 500 irréductibles tiennent toujours l’artère principale où l’on entend de la musique venant de chaque troquet.

Le capitaine Ben Torrès qui dirige l’escouade a une idée : Les bikers aiment la musique et bien, on va leurs en donner !

Il installe sur un camion à plateforme un orchestre qui devait se produire lors du bal du samedi 5. A la tombée de la nuit, camion et musiciens se mettent en branle. Les motards suivent le camion et son étrange chargement. Grace à ce subterfuge, la masse de bikers aidés par quelques tirs de grenades lacrymogènes se disloque. A minuit, le bourg est débarrassé de ses hôtes devenus indésirables.

La déferlante médiatique

Dès le dimanche 6 juillet 1947, les agences de presse du pays via leur bureau de San Francisco, assaillent la ville de coups de fil.

La bourgade californienne va faire les gros titres de la presse nationale. Les Journalistes et les photographes du San Francisco Examiner et de l’Okland Tribune débarquent.

Les gros titres s’enchainent avec « Un bain de sang et de bière à Hollister » pour le San Francisco Examiner alors que le San Francisco Chronicle titre à la une : « La bataille d’Hollister ».

C.J. Doughty et son photographe Barney Paterson étaient les deux seuls journalistes présents lors des faits. Travaillant pour le San Francisco Chronicle, ils ont flairé le scoop et ont monté en épingle les débordements des bikers.

Biker : Hollister 1947
Le fameux cliché très controversé Barney Paterson parait dans le numéro du 21 juillet de Life Magazine en page 31. Il fera le tour du monde. Il existe une seconde photo jamais publiée montrant un arrangement des bouteilles vides différent accréditant la thèse de la photo truquée.

CJ Dougty et Barney Paterson, vendent papier et clichés à l’Associated Press qui les diffusent d’Est en Ouest et à l’international.

Les prestigieux Life Magazine et New York Times  titrent sur les émeutes de Californie. Les photos exclusives de Paterson feront le tour du monde.

Comme le dira le juge Butcher appelé en cession extraordinaire, « les bikers m’ont fait pensé à une bande de permissionnaires. Ils sont faits plus de mal à eux même (une cinquantaine de blessés légers) qu’à la ville.»

Dans l’indifférence la plus totale, l’édition 1948 du Gipsy Tour sera organisée sans aucun grabuge malgré la présence de 2500 motards. Preuve s’il en fallait que les « méfaits de 1947 » n’ont guère traumatisé la population d’Hollister et que les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent guère les médias…

Suite à Hollister, les journalistes vont écrire maints et maints articles créant la psychose d’une de ces hordes motorisées mettant à sac une paisible petite ville américaine.

L’origine du  » 1% « 

premier M.C.
A gauche avec le pull à manches rayés, un membre du Yellow Jacket MC. Ce club a été fondé en 1946 à Los Angeles.

Suite aux débordements d’Hollister, un responsable de la fédération déclarera à la presse que ces actes n’étaient l’oeuvre de 1% des motocyclistes. Par défiance envers l’AMA, les MC outlaw se mettent à porter un patch « 1% ».

Le Film : L’Équipée Sauvage

En 1953 sort aux Etats-Unis The Wild Ones qui prendra deux ans plus tard, en France, le nom de L’Équipée Sauvage. Ce film , qui s’inspire des événements d’Hollister de 1947, est réalisé par Laslo Benedeck mais le film est porté par son producteur, Stanley Kramer.

L'équipée sauvage
Marlon Brando alias  » Johnny Strabler » pilotait dans l’Équipée Sauvage une Triumph Thunderbird 6T. Le look du motard venait de naitre avec son jean et son cuir. Triumph verra d’un mauvais œil cette publicité. Pourtant suite au film, James Dean et Elvis Presley achèteront une Triumph !

C’est en lisant une nouvelle The Cyclist’s Raid  écrite par Franck Rooney et publiée dans le magazine Harper’s que germe chez le producteur l’idée d’un film sur ce nouveau phénomène.

Le sujet emballe la Columbia Pictures. Stanley Kramer fréquente les premiers moto club outlaw et plus particulièrement les membres du  Boozefighters MC afin de connaître leurs codes vestimentaires, les motos ainsi que l’argot des bikers.

Tourné en seulement 24 jours ce film qui n’était au départ qu’une série B, sera un immense succès à tel point qu’en France, Edith Piaf chantera dès 1956 : « L’Homme à la moto ».

L’Equipée Sauvage invente le mythe du mauvais garçon roulant en moto qui portera le nom de « rocker » en Grande Bretagne et « blouson noir » en France.

Marlon Brando : L’Équipée Sauvage
Marlon Brando devant le monument aux morts d’Hollister. Il chevauche une des Matchless figurant dans le film. Le « M » de Matchless a été inversé car le constructeurs ne veut pas être associé à un film aussi sulfureux.

Marlon Brando, avec son Perfecto Schott et sa Triumph Thunderbird accède au statut d’icône pour toute une génération d’adolescents. Cette bluette sera considérée comme étant hautement subversif et sera ainsi interdite Au Royaume-Uni jusqu’en 1967 !

Et la littérature dans tout cela

Le roman autobiographique de Jack kerouac,  Sur La Route  qui sort en 1957 mais dont l’action se passe dès 1947, couche sur le papier l’état d’esprit des premiers bikers : camaraderie, goût immodéré pour la Liberté et le Voyage.

La Route, c’est la vraie et seule Amérique et qui mieux que les motards la vivent ! Les deux héros du livre de Kerouac comme les premiers bikers n’acceptent pas l’ordre social et moral qu’impose la société américaine de l’après-guerre.

Dennis Hopper et Peter Fonda s’inspireront largement des écrivains de la Beat Generation dont Kerouac fait parti pour écrire l’errance de deux motards : Ce sera Easy Rider !

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