BMW Motorrad est parti d’un constat simple. Le constructeur est quasiment absent sur le marché nord-américain qui représente près d’un demi-million de vente de motos neuves en 2017. La même année, Harley-Davidson, et malgré une « petite forme », a séduit 150 000 bikers avec ses cruisers et autres baggers.

Depuis une décennie, la firme bavaroise est dans une stratégie d’élargissement de sa gamme. Ce fut le cas en 2009 avec la supersportive S 1000 RR puis en 2014 avec le roadster vintage R nineT.

La BMW Motorrad Concept R18 a été la grande vedette du Concours d’Élégance Villa D’este 2019 qui vient de s’achever en ce qui concerne les motos.

BMW motorrad cruiser new

Ce cruiser utilise un bicylindres à plat culbuté et à refroidissement air/huile de 1800 cm3.

Nous l’avions évoqué par le passé à propos de la préparation d’un custom bike effectué par l’atelier japonais Custom Works Zon et présenté fin 2018 lors du Hot Rod Custom Show de Yokohama.

Le Concept R18 vu sur les bords du Lac de Côme est cornaqué par le designer en chef de BMW Motorrad : Edgar Heinrich. Nous devons le dessin de la Concept R18 à Bart Janssen Groesbeek.

Cette moto, très ambitieuse en terme de design comme de motorisation, prouve que le constructeur bavarois «  met le paquet pour séduire les motards du nouveau monde et également les européens amateurs de gros custom bikes ».

BMW s’est donné les moyens et s’est lâché pour sa première vraie moto custom !

L’énorme flat twin de 1800 cm3 est mis en valeur par un savant traitement des matières. Il mélange un bloc moteur-boîte en finition sablée avec des pièces chromées comme l’arbre de transmission, les pipes d’admission, le cache carter avant ou les couvres culbuteurs.

Une mécanique qui revisite ses classiques

Le flat twin de 1802 cm3 s’inspire des BMW à soupapes culbutées sorties dans les années 30 et plus particulièrement des modèles R5 (1936) et la R51 (1938). Comme la future R18, Ces deux bicylindres à plat étaient équipés d’une distribution gérée par deux arbres à cames alors que classiquement les twin bavarois n’en ont qu’un seul.

BMW R18 Big Boxer
Les ailettes ne sont pas là pour faire de la figuration !

La firme bavaroise a donc puisé son inspiration dans ses archives pour concevoir ce Léviathan mécanique de plus de 110 kg (transmission et système d’admission inclus).

On pensait, et BMW nous donne tort pour le coup, que ce type de motorisation disparaitrait avec la norme Euro5 qui commencera à être appliqué au 1er janvier 2020.

Le bicylindre à plat de 1802 cm3 produit 91 ch à 4750 tr/min et 158 Nm dès 3000 tr/mn avec un régime max établi à 5750 tr/mn. Des chiffres comparables au Milwaukee Eight 114 ou au Thuderstroke 116.

On remarquera l’absence d’un balancier d’équilibrage mais la présence d’un troisième palier placé au milieu du vilebrequin (contre deux habituellement) pour parer aux mouvements de torsion dus au couple conséquent et à la forte cylindrée unitaire. Cet élément crucial du plus gros boxer de l’histoire de BMW est en acier forgé trempé afin de supporter les torsions inhérentes à la taille XXL de ce flat twin (Alésage x course : 107,1 mm x 100 mm).

Quelques concessions on été faites au modernisme comme un jeu de culasses à quatre soupapes en acier, un double allumage au niveau de la chambre de combustion, un refroidissement mixte air/huile et un moteur « carré ». Le Milwaukee Eight 107 et 114 de Harley-Davidson ainsi que le Thunderstroke 116 de chez Indian conservent ce dernier attribut synonyme de mécanique coupleuse et vintage.

La partie-cycle

Afin d’obtenir une esthétique proche de la BMW R5, le cruiser teuton se dote d’un faux cadre rigide cachant un mono-amortisseur placé sous la selle tout comme la Triumph Bonneville Bobber. Le concept R18 adopte des jantes chaussées en Metzeler aux dimensions très custom : 21 pouces à l’avant et 18 pouces à l’arrière.

Le réservoir de type « goutte d’eau », la selle monoplace, le grand guidon et les garde-boue courts l’inscrivent bien dans l’univers des cruisers.

Au niveau technique, cette moto reçoit un vilebrequin à trois paliers contre deux historiquement.

Les sorties d’échappement présentes sur le Concept R18 revisitent les embouts de type « queues de carpe » qui équipaient la BMW R5. Leur grand volume semble indiquer qu’ils sont compatibles avec la norme anti-pollution Euro 5.

Le bureau du design munichois a parfaitement joué sa partition entre respect du totem que représente la « BMW R5 » et la création d’un custom bike très ambitieux.

BMW Custom Bike

Ce cruiser aux forts accents vintage se pare du coloris historique du constructeur soit « piano black » agrémenté de filets blancs apposés au pinceau.

Au vu du Concept R18, le programme d’un cruiser BMW semble très avancé : La partie-cycle, la motorisation et les lignes semblent définitivement actées.

Les premiers tours de roues de la BMW R18 de série devraient avoir lieu au milieu de l’année 2020.

La BMW Concept R18 présentée sur les rivages du lac de Côme était équipée de carburateurs Solex.

Pour répondre aux normes d’homologation et environnementales, elle devra donc recevoir un ensemble d’équipements électroniques conséquents. La chose ne devrait pas poser problème à la firme à l’hélice qui excelle en la matière.

La BMW R18 : Un sacré défi marketing

BMW R5 1938
La BMW R5 de 1936 : cette moto a fortement inspiré le futur gros cruiser de la firme à l’hélice.

Malgré cette prouesse mécanique, le pari de BMW Motorrad reste audacieux ! Aux États-Unis, le marché des cruisers de plus de 900 cm3 enregistre un net recul de 17,1% sur les trois premiers trimestres 2019.

De plus, le bicylindre à plat empêche une position pieds en avant qu’affectionne tant les bikers américains.

Héritage de la seconde guerre mondiale et des premiers moto-clubs, le biker américain n’achète que des motos américaines et à la marge des anglaises. Ainsi, la nouvelle Triumph Rocket III aura plus de chance de trouver son public outre-Atlantique aidé également par un positionnement plus muscle biker et une version GT qui permet le sempiternel cruising pied en avant.

BMW R1200 C
La BMW R1200C

Les cruisers et autres GT des anciennes forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon) n’ont jamais réussi à s’imposer réellement aux USA. Traditionaliste et un brin réactionnaire, le motard américain demeure très attaché aux V-Twins « Made In USA » dont l’architecture moteur permet le cruising sur les highways aux lignes droites sans fin.

Lorsque l’on associe custom et BMW, il est difficile de passer à coté du four que fut la R 1200 C Montawk (1997-2004).

La R18 devrait fort logiquement être déclinée en trois versions (cruiser, bagger et GT). Les tarifs qui fuitent ne devraient pas débuter sous la barre des 30.000 €.

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