Bessie Stringfield était une aventurière motarde. Elle fut en 1930 la première femme de couleur à traverser seule et à moto les USA faisant fi du machisme mais surtout du racisme omniprésent dans les Etats du Sud. Mais sa vie ne saurait se limiter à ce seul exploit qui frise l’inconscience.

Bessie Stringfield est née le 9 février 1911 à Kingston d’une mère hollandaise et d’un père jamaïcain. Peu de temps après sa naissance, la famille Stringfield immigre à Boston.

A 5 ans, la petite jamaïcaine voit sa mère disparaître durant une épidémie de variole. Elle est confiée par son père à un orphelinat. Malgré sa couleur de peau, elle sera adoptée par une irlandaise de Boston très dévote qui la traitera comme sa propre fille.

A 16 ans, elle demande à sa mère adoptive de lui offrir une moto. Ce sera chose faite avec une Indian Scout 101 de 1928. Elle apprendra à piloter seule cette grosse cylindrée aidée en cela par une foi chevillée au corps.

En 1930 et à seulement 19 ans, la jeune motarde débute sa première traversée des USA. dans un pays qui n’a pas encore un réseau routier digne de ce nom.

motarde Durant ce premier périple de 6 mois, elle visitera les 48 états continentaux américains choisissant sa destination « au petit bonheur la chance », en jetant une pièce d’un penny sur une carte. Le lieu où la pièce de monnaie tombait, indiquait là où aller.
Ce sera la première de ses 8 traversées des États-Unis.

Par la suite, elle échangera son Indian contre une Harley-Davidson. Elle en possédera pas moins de 27 durant sa vie. Elle roulera aussi au Brésil, à Haïti et en Europe.

Au cours de ses voyages et pour les financer, elle endosse le costume de cascadeuse moto se produisant dans de nombreuses fêtes et autres festivals. Elle participera et gagnera des courses de moto grimée en garçon mais elle ne pourra jamais encaisser les prix, une fois le subterfuge connu lors de la remise des prix.

motarde electra glideBorn to be wild

Dans le sud des Etats Unis, le risque est omniprésent pour une femme de couleur et qui plus est s’affiche sur une moto.

Au mieux, elle est traitée comme une paria devant dormir chez un de ses congénères de couleur ou alors à même le sol des parkings des stations services avec son blouson de cuir comme oreillet.

A Stone Mountain (Georgie), elle sera poursuivie par des membres du Ku Klux Klan. Son seul échappatoire sera de sauter sur sa machine et de rouler à tombeau ouvert.

Lors d’une de ses pérégrinations dans le Sud, elle sera volontairement renversée par un blanc conduisant un pickup…

Sa vie sentimentale est, elle, aussi peu banale. Bessie sera mariée pas moins de six fois ! Son troisième mari prendra le nom de « Stringfield » car ce patronyme avait une certaine notoriété.

Au chapitre des drames, elle perdra trois enfants lors de son premier mariage et n’en n’aura pas d’autres.

Malgré tout au service de son pays

Durant la seconde guerre mondiale et durant quatre années, elle servira en tant que civil d’estafette motocycliste. Avec sa Harley Davidson Knucklhead bleu de 1000 cc, elle transporte des plis confidentiels entre les différentes bases de l’US Army situées aux quatre coins du pays ; ce qui lui donne l’occasion de traverser les Etats Unis à de nombreuses reprises.

« The Motorcycle Queen Of Miami »

moto club

En 1950, Bessie s’installe à Miami pour exercer le métier d’infirmière. Elle ne met pas pour autant de coté sa passion pour la moto. Elle fonde un moto club ,«  The Iron Horse Motorcycle Club » et elle est rapidement harcelée par la police qui lui annonce « Nigger women are not allowed to ride motorcycles » (« les noires ne sont pas autorisées à conduire des motos » V.F en mode soft !).

Plutôt que de se dégonfler ou de fuir, elle rencontre le chef de la police et l’amène sur un parking où elle démontre toutes ses aptitudes dans le maniement d’un gros deux roues motorisé. Elle ne sera plus jamais opportunée par les forces de l’ordre…

Ses acrobaties la font surnommée par la presse locale « La reine noire de la moto de Miami » puis avec l’évolution des mentalités « La reine de la moto de Miami » tout court.

Bessie décède en 1993 à l’age de 82 ans d’une maladie cardiaque. Son médecin lui avait demandé d’arrêter de pratiquer la moto. Un conseil qu’elle ne suivra pas ; bien entendu !

Les honneurs

En 1990, la Fédération Motocycliste Américaine (AMA) rend hommage à Bessie Stringfield lors de l’ouverture de son musée à Pickeringhton dans l’Ohio.
Dix ans plus tard soit en , l’AMA crée le prix «  Bessie Stringfield Award » qui honore l’américaine de l’année dans le domaine de la moto.
En 2002, elle entre au panthéon de la moto américaine : The Motorcycle Hall Of Fame.

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